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Table of contents

1. Qui souhai…

Qui souhaitez avoir tout1 le plaisir
Qu'un amy peult vouloir honnestement2 3
Prenez exemple à mon chaste desir4
Et vous mirez en mon contentement.5
Mais qui vouldroit audacieusement
Voler au ciel6 ou mon amour se tient,7
On luy diroit8 aymez humainement.
C'est au soleil que la lune appartient.9

2. Venons aua…

Venons au10 poinct11 madame s'il vous plaist,
Il en est temps12 sans plus tant marchander.13
Le doy je14 prendre15 ou le vous demander ?
Dictes16 l'ouy, car le non me desplait.17
Or faictes donc s'il18 vous plaist mon bel amy
L19'ouy valoir20 et le non se retire.
Vous souffrez mal,21 et moy un grand martyre.22
C'est couardise qui nous sert d'ennemy.

3. O combien …

O combien je suis fortuné,
De servir maistresse si belle.
Pourquoy ne m'est predestiné
Le bien que son mary a d'elle.
Ell'est doulce et luy rebelle.
N'est ce pas grande cruauté,
Qu'elle vit en peine telle,
Sans secourir ma loyauté?

4. Cherchant …

Cherchant Amour, Hymen vint apparoistre
Devant mes yeulx avecques chasteté.
Disant amy, pour donner à cognoistre
De vraye amour la seure fermeté.
En Cupido ne te tiens arresté.
Une sans plus de loyauté munie
Aymer tu doibs de chaste volunté.
Pour à jamais mener heureuse vie.

5. Cest oeil …

Cest oeil mignon, ce visage poly,
Ce corps bien faict, ceste tant bonne grace.
Cest entretien, et devis tant joly,
Las que font ilz en ceste terre basse ?
Que c'est qu'ilz font ? chascun d'entr'eulx pourchasse
Un serviteur pour servir à la belle.
Mais je sçay bien qu'elle leur est cruelle.
Et les chassant m'a dict qu'elle dira :
Retirez vous, j'ay un amy fidele,
Mieulx que vous tous luy seul me servira

6. L'enfant A…

L'enfant Amour n'a plus son arc estrange,
Dont il blessoit d’hommes et coeurs et testes.
Avec celuy de Diane a faict change,
Dont elle alloit aux champs faire les questes.
Ilz ont changé, n’en faictes plus d’enquestes.
Et si on dict a quoy le cognois tu ?
Je voy qu’Amour chasse souvent aux bestes,
Et qu’elle attaint les hommes de vertu.

7. La volunté…

La volunté si long temps endormie
S'esveillera si j'ay ce que je pense
Je sens au coeur que mon desir s'advance,
Et à peu pres fait contente ma vie
Et tout ainsi que la flamme amortie,
Ou feu couvert rend sa chaleur plus forte.
La descouvrant la mienne ensevelie
Vive sera, pour n'estre jamais morte.

8. Vive sera …

Vive sera pour jamais n'estre morte,
Dans le secret d’un plus hault souvenir
Bruslant tousjours par plus subtile sorte,
L’affection de mon bien advenir.
Ce qu’advenant je pourray devenir
Le seul content de moy et de m’amye.
En resveillant pour plustost parvenir,
La volunté si long temps endormie.

9. Mars et Am…

Mars et Amour font ensemble alliance,
Et ont changé de puissances et armes.
Mars a quitté sa tant cruelle lance,
Dont se servoit aux mortelles allarmes.
Ilz sont tous deux de volunté si fermes,
Que l'un ne peult rien sans l'autre entreprendre.
Quand l'arc d'Amour le fier Mars vient destendre,
Du premier coup il rend l'homme amoureux
Et quand Amour vient pour la picque prendre,
Tout fait mourir en tourment langoureux

10. Si la prom…

Si la promesse m'est tenue,
Et en femme gist loyauté,
J'auray ma part en sa beaulté.
Mon coeur l'a pour soy retenue.

11. L'autre jo…

L'autre jour jouer m'alloye parmy ces champs.
En mon chemin rencontray un verd gallant.
Il hurte à moy, et moy à luy.
Il fut plus fort, il m'abatit maugré mes dentz.
Maudict soit ce mauvais () garson qui bat les gens.

12. Comme l'ay…

Comme l'aymant par sa vertu latente,
Attrait le fer, vostre oeil attire et tente
Mon coeur navré qui partout le veult suyvre.
Prenez le corps, car sans coeur ne peult vivre.
Tout est à vous, si vous estes contente.

13. Helas mon …

Helas mon coeur n'as tu pas trop grand tort,
De m'avoir faict et causé tel oultrage ?
Veu que tu es la fenestre et l'aport
Dont l'on () reçoit tout bien et avantage.
Mal cognoissois ce cuyde mon courage,
En me donnant le mal sans allegeance.
J'aymasse mieulx veu mon grief et dommage,
N'en avoir eu jamais la cognoissance.

14. Trop juste…

Trop justement je forme une complainte
Contre l'effort de l'ingrate fortune.
Que celle là que j'ayme n'est attainte
Du mesme feu d'amour qui m'importune.
O si j'avoye jouyssance opportune
Selon l'effect que merite la peine,
Onques amant ne receut telle estreine.
Mais au rebours d'amoureuse faveur,
Elle me paist ceste seconde Heleine
De cruauté et de toute rigueur.

15. Quelle pri…

Quelle prison au monde est plus cruelle
Pour deux amans qu'une bien longue absence ?
Quelle douleur peult estre plus mortelle
Que de n'avoir de son mal allegeance ?
O dieu amour monstrez vostre puissance
Convertissez par honneste moyen
Dueil et regret en seure jouyssance
Pour faire à deux amans un pareil bien.

16. Maistre Am…

Maistre Ambrelin, confesseur de nonnettes,
Fin crocheteur de leurs pechez couvertz,
Confessa tant l'une des plus jeunettes,
Qu'a son plaisir la feit mettre a l'envers.
Leurs petis jeuz tant furent descouvertz,
Qu'a leur abbesse on compta tout le faict.
Comment dit ell' meschant vilain infect
As tu osé luy faire un tel oultrage ?
Que pleust a dieu que tu le m'eusse faict,
Et qu'ell' n'eut () point perdu son pucelage.

17. Qu'est ce …

Qu'est ce que fait celuy qui se marie ?
Pour estre serf de franchise il s'estrange.
Que fait il plus? en mesnage se lie
Ou sont des maulx à change et à rechange.
Sa femme apres s'il luy dit rien se venge
A caqueter tic tac. Puis luy vient dire,
Me fault cecy cela. Mais c'est le pire,
Que remuer luy fault droit son bagage.
Et s'il y fault, il tombe en ce martyre,
D'estre jaloux subject au coquage.

18. Vrais amat…

Vrais amateurs du plaisir de Venus,
Qui pour neuf fois ne vous faictes que rire,
Puis qu'a ce poinct estes si bien venus,
On doibt de vous tout bien et honneur dire.
Les envieux toutefois à mesdire
Pas ne fauldront, car ilz n'ont le courage
D'en faire autant, à si gentil ouvrage.
Besongnez donc et de jour et de nuict.
Vous les ferez tous vifz crever de rage,
Si de neuf fois venez à dixhuict.

19. J'ay d'un …

J'ay d'un costé l'honneur tant estimé
Devant les yeulx, lequel je vueil avoir.
J'ay d'autre part un amy tant aymé
Dedans mon coeur, que je n'ay le povoir
De l'en oster, et si ne les puis voir
Tous deux en moy, dont fort je me tourmente.
Las je ne sçay duquel me rendre absente.
Car l'un m'est doulx et si pres de mon coeur,
L'autre un chascun si tresfort il contente
Qu'encontre moy ce croy sera vainqueur.

20. Si je me p…

Si je me plains, ce n'est sans apparence.
Ayant du mal trop plus que ne puis dire.
Si mon malheur mettoye en evidence,
Beaucoup plus grand sentiroye mon martyre.
Fort le nyer est ce que je desire.
Ne voulant point le plus faire apparoir.
Mais chascun jour mon mal si fort empire
Que sans le dire mort le fera sçavoir

21. Mauldict s…

Mauldict soit il qui jamays aymera,
Tant je m'en suis mal trouvé jusqu'icy.
Ce fatal dieu dit que pis me fera.
J'ay bien conclu de tenir bon aussi.
Quelle pitié d'avoir usé ainsi
Mes jours subjectz au vouloir d'un' amye,
Qu'amour faisoit ma plus grand ennemye.
En sa rigueur j'auray gaigné tel poinct
De liberté, que si jour de ma vie
Elle me veult, je ne la vouldray point.

22. Amour et m…

Amour et mort par trop grand avantage
Prendront de moy si cruelle vengeance
Qu'impossible est y faire resistence,
Si ne changez, madame, de courage.
Appaisant l'un, l'autre n'aura pour gage
Que ce que doibt nature luy laisser.
Vous leur povez commander de cesser
A l'un tousjours, à l'autre pour un temps
Mais si voulez du bien que je pretens
M'ottroyer part digne de la poursuyte,
L'amour fera noz deux espritz contens.
Et par despit la mort prendra la fuyte.

23. Puisque fo…

Puisque fortune mal apprinse
A mis sur moy sa destinée,
Jamais je n'iray à l'eglise,
Car j'ay esté deschevillée.
Allant le trot
Tournant le pas
Criant par trop
Et sans compas,
Las messire Jehan vous serrez trop.

24. Je sens l'…

Je sens l'affection qui à moy se vient rendre,
D'une perfection pour me vouloir surprendre.
Dont l'honneste maintien d'une si bonne grace,
En plus haut lieu qu'au mien pourroit bien trouver place.
Mais ceste cognoissance du bien de ma franchise,
Me sert d'experience Pour n'estre jamais prinse.
Aymant trop mieulx cest heur de garder liberté
Que d'avoir serviteur qui ne tient loyauté.
Car je n'ay nul desir du bien qu'il en advienne.
Le plus de mon desir c'est d'estre toute mienne.

25. Si ton plu…

Si ton plus grand desir n'est sinon d'estre tienne,
Ce me sera plaisir que tu ne sois point mienne.
Car de moy j'ayme mieulx d'amour quitter l'office,
Que me voir ennuyeux en offrant mon service.
Joinct que ma liberté ne m'est moins aymable,
Que toute ta beaulté pourroit estre estimable.
Mais si par trop d'oubly d'un' offre tant heureuse,
Tu avois estably d'un autre estre amoureuse
Lors ta legereté te rendra detestable.
Et moy ma fermeté envers tous honorable.
Sans que l'affection qu'au premier t'estoit deue,
Autre qu'en fiction par moy te soit rendue.

26. Je me veul…

Je me veulx tant à son vouloir offrir,
Que je ne quiers remede à ma douleur :
Sachant qu'elle a plaisir me veoir souffrir,
Souffrir m'est doulx et mon mal j'estime heur.

27. Vous me ch…

Vous me changez pour un aultre, madame,
Qui ne vous peult servir que pour un temps.
Ne faisant cas des maulvais propos d'ame,
Ne des languartz de vous trop cacquetants
Vous scavez bien (las) depuis quand j'estends
Tous mes espritz à vous faire service :
Et si suis seur (tant bien mon faict j'entends)
Que vous n'avez veu en vostre serf vice.

28. Un gros pr…

Un gros prieur son petit filz baisoit,
Et mignardoit au matin en sa couche.
Tandis roustir sa perdrix on faisoit,
Se leve, crache, esmeutit, et se mouche.
La perdrix vint au sel de brocque en bouche,
La devora bien sçavoit la sçience,
Puis quant il eut prins sur sa conscience,
Broc de vin blanc du meilleur qu'on eslise.
Mon Dieu dit il donne moy patience,
Qu'on a de mal pour servir Saincte Eglise.

29. Si la beau…

Si la beaulté doit perir en peu d'heure,
Faictes m'en donc durant que vous l'avez.
Ou si elle dure helas vous ne debvez
Craindre a donner un bien qui nous demeure.

30. Un fin mar…

Un fin mary voyant sa chambriere,
Belle de corps, et propre à soustenir,
Quelque grand faiz en la chambre derriere
Monta dessus puis soudain veit venir
Sa femme oyant le bruit qui dit hola,
Qui vous à mis tous deux en ce poinct la ?
Estce l'amour qu'avez en moy enclose,
Ha mon mary je ferois bien cela.
Et ma chambriere eut bien faict aultre chose.

31. Ma mere ve…

Ma mere veult que je file
Et si j'ay si grand mal au bra,
Ma coquile me fretille,
J'aymerois mieulx faire cela.
L'aultre jour il m'advisa,
D'apprendre une oeuvre à l'esguile :
Trois point cousi tout d'une esguile,
A la quatriesme elle ploya.
Ma mere veult que je file
Et si j'ay si grand mal au bra,

32. Joye, et s…

Joye, et santé, ma damoyselle,
De la belle fille qu'avez faict,
L’on en veit oncques de si belle,
Joye, et santé, ma damoyselle :
Blonde l'avez en beauté telle
Que le seigneur Dieu la parfaict.
Joye, et santé, ma damoyselle,
De la belle fille qu'avez faict.

33. Jouons bea…

Jouons beau jeu tout en riant,
Et si faisons chere lie.
Et si beuvons ce vin friand
Laissant toute melancholie.
Mais en beuvant soyons dehet
Chantant la chansonnette,
Rossignolant comme un oyselet
Gergonnant comme un sansonnet
Disant par amourette
Jouons beau jeu en cortinette.

34. Dire me fa…

Dire me fault par desespoir contrainct,
Plustost adieu que tel mal endurer
Car mon malheur ce pourroit empirer,
Pour la douleur qui vif à mort me poingt.

35. Or my doin…

Or my doint Dieu bonne adventure,
Et a tous loyaulx amoureux:
Car je m'en voys bien douloureulx
Le plus qu'oncques feust creature.

36. Ho le mesc…

Ho le meschant qui a ployé,
Et rebouché comme un mastin.
Ho le vilain qui soit noyé,
Le jouet de frère Martin,
Qu'on n'en parle soir ne matin,
C'est faict il est devenu rosse,
Et ne vault plus en bon latin
Qu'à servir L'abbesse de crosse.

37. Au feu d'a…

Au feu d'amour, qui ne se peult estaindre,
Brusle mon coeur quasi mort estandu,
Et n'ha moyen touteffois de se plaindre :
Ayant le bien tel qu'il a pretendu.
Helas Amour, quand ton arc fust tendu,
Mieulx eust vallu que du coup fusse morte,
Au feu ardant, un peu d'eau respandu,
N'estaint le feu : mais rend chaleur plus forte.

38. Cupido pou…

Cupido pour ses appetitz,
Vers des mouches à miel alla.
Qui cuydoit oyselletz petits :
Et moult entour d'elles volla
D'elles est mors il crye hala,
Sa mère entend dont vient la plainte :
Sa mignard dit elle voila,
Vous faictes bien de pire attaincte.

39. Puis que m…

Puis que malheur me tient rigueur,
Et seul sçavez mon indigence.
Pour donner ordre à ma langueur,
Secourez moy en diligence.
Helas ayez intelligence,
Du mal que j'ay par amytié.
Un patient prent allegeance,
Quand son amy en a pitié.

40. Dieu doint…

Dieu doint le bon jour à m'amye,
Que ne veis puis hier au soir,
Or ne soyez plus endormye,
C'est vostre amy qui vous vient voir,
Voyez comme il faict son devoir,
Pour vous faire son coeur congnoistre,
S'il avoit autant de pouvoir
Sur tous voirriez son feu paroistre.

41. Allons aux…

Allons aux champs sur la verdure,
Passer le temps joyeusement.
Ce pendant que le beau temps dure
Il n'est que vivre plaisamment.
Allons y doncq, hastivement,
Allons chanter, gaudir, et rire,
Myeulx vault s'esbatre gayement,
Qu'employer sa langue à mesdire.

42. Ce friant …

Ce friant oeil qui tousjours estincelle,
Et de costé à demy nous regarde,
Un dard bruslant secretement nous celle,
Du quel noz coeurs à l'impourveu il darde.
Plus on se tient contre lui sur sa garde,
Plus il penettre, et plus fort il martyre.
Mais si un coup son regard il retire,
Au coeur navré mort langoureuse est seure.
Car il peult bien du mesme dard qu'il tyre
Blesser à mort, et guarir la blessure.

43. Je souffre…

Je souffre passion D'une amour forte.
Mais mon affection Me reconforte,
Amour par son pouvoir, Mon coeur tourmente,
De jouir j'ay espoir, Qui me contente.
L'envie sans pitié Toujours nuysante,
Veult rompre l'amityé : Mais elle augmente.
Ceux qui ont faict effort A la destruire
L'ont fait croistre plus fort Luy voulant nuyre,
Parquoy le mesdisant Se peult bien taire,
Car il est suffisant Pour la deffaire.
Je souffre passion D'une amour forte.
Mais mon affection Me reconforte,

44. Si pour t'…

Si pour t'avoir tant loyaument,
Aymée de faict, et pencée.
Tu as de douleur, et tourment,
Mon amitié recompencée.
Doibz je mauldire la journée,
Que commença nostre amityé,
Ou t'appeller infortunée,
Digne de toute inimitié.

45. Qui souhai…

Qui souhaittez d'avoir tout le plaisir,
Qu'un amy peult avoir honnestement
Prenez exemple à mon chaste desir,
Et vous mirez en mon contentement,
Mais qui vouldroit audacieusement,
Voller au ciel, ou mon amour se tient,
On luy diroit aymez humainement,
C'est au Soleil, que la Lune appartient.

46. Qu'est-il …

Qu'est-il besoing cercher toutes les nuictz,
Ce que l'on veult, et l'on ne peult avoir,
Laisse moy plaindre en mes maulx, et ennuys
Et ne me faictz ta rigueur percevoir,
Est il possible helas, que puisse voir,
Un coeur souffrir pour toy si grand martyre,
Sans du remede aultrement le pourvoir :
Ton long tarder par trop mon mal empire.

47. Margot s'e…

Margot s'endormit sur un lict
Une nuit toute descouverte :
Robin sans dire mot saillit,
Sur le lit, et la recouverte :
Il trouva sa lanterne ouverte,
Mist sa chandelle au plus perfond :
Robin ta chandelle se fond :
Non faict dist il, c'est une goutte,
En l'allumant elle degoutte,
Qui faict ta chandelle fumer.
Vien Robin quant on ne voit goutte
Souvent ta chandelle allumer.

48. La terre, …

La terre, l'eau, l'air, le feu, et les cieulx,
Tous les espritz, et supreme archetippe,
Font nuict et jour un accord gracieulx,
Que tout discord son contraire dissipe.
De tel accord, est ce livre le type,
Car l'Univers au dedans, et dehors
Tous les esprits ensemble tous les corps,
Sont composez par certaine harmonie,
Aussi les voix par chansons et accordz,
Sont comme l'umbre à l'Univers unie.

49. Sur la ver…

Sur la verdure du pré florissant,
M'amye ouy chanter, dancer, et rire.
O quel douleur sentit, o quel martire,
Quant vis qu'aultre d'elle estoit jouyssant.
(Sur la verdure.)

50. Un forgero…

Un forgeron aussi vieulx que le temps
Prioit d'amour un jour sa damoiselle
Et luy disoit ma dame je pretendz,
Forger sur vous une piece tres belle,
Elle respond qui point ne fut rebelle
Que de sa part son devoir vouloit faire,
Lors en forgeant ses marteaux vont deffaire,
Et son congnet se ploya comme plume,
Puis ell’ a dit pour cest oeuvre parfaire,
Aultre que vous que fault que batte l'enclume.

51. Amour remp…

Amour rempli de pitié, et de zelle,
D'amour mourant toucha la legière aesle.
En l'arrachant du corps trop tendre et beau,
La trousse print et ses traictz avec elle :
L'arc impiteulx, et la corde cruelle,
Aussi l'espés, et ignorant bandeau,
Le tout il mist en un feu si nouveau,
Que leur chaleur il convertit en glace,
Sans oublier de Venus le flambeau,
Dont ce sainct feu toute memoire efface.

52. Maistre Lu…

Maistre Lubin de sang rassis,
Dict un jour à la chambriere,
Vien ça tu as des enffans six,
Je te prix compte la manière,
S'il y en a faict en derriere,
Ne le celle, et me dictz vray :
Sans faulte dict la mesnagiere,
C'est votre façon par ma foy,
Maistre Lubin dict je le croy
En les faisant disois tout doulz
Maistre Lubin las serrez moy,
Car ce que je fais est pour vous.

53. Sans avoir…

Sans avoir fait nul desplaisir,
a celle que i'ayme le myeulx,
ie suis priué de mon desir
par le prouchas des enuieux
plus n'ay ce maintien gracieux
dont ie sens au coeur telle oppresse
qu'il me conuient loing de ses yeux
languir en trauail et tristesse.

54. Si mon gra…

Si mon grand mal ne peult finir,
Si non par vous mais tousjours croistre,
Et je meurs pour un souvenir,
Comment pour veoir vif pouray-je estre ?
Las l'oeil de mon coeur la fenestre,
En vous voyant vit seulement,
Et si se meurt : Par ce cognoistre
Povez mon mal et mon tourment.

55. Poste esga…

Poste esgaré par trop adventureux,
Pour esmouvoir liberté de couraige,
Et de devoir trop pront, et desireux.
Au mandement du petit Dieu volage,
Faisant au coeur ton amoureux message,
Et de present de plaisir contenter,
D'ennuy facheux tu las sçeu tormenter,
Mais si tu peulx à madame tant faire,
Que mon parler il luy plaise escouter,
Lors tu seras exempt de lamenter,
Et ma bouche contente de se taire.

56. Sus sus ma…

Sus sus ma soeur prens bon couraige,
Tu n'en mouras non plus que moy.
Quand je fus mise en mariage,
J'estois aussi jeune que toy.
Je te promets en bonne foy,
Quand tu l'auras faict une fois,
Venant la seconde, je croy
Que pour un coup en vouldras trois.

57. Elle disoi…

Elle disoit: faictes tout bellement,
Hay mon amy j'ay la cuisse escorchée,
Mais puis apres se sentant eschaufée
Dict tost las frapez hardiment,
Ne craignez point que demeure affollée
Pour endurer un mal si doucement.

57.1. Du jeu d'a…

Du jeu d'aymer Martin fort curieux,
Disoit un jour à sa dame rebelle,
Comme diroit un pauvre langoureux,
Cent mille fois je meurs pour vous la belle,
Puis s'approcha disant gente pucelle,
Soustenez moy, car pour vous vois mourir,
La garse prompte pour l'amy secourir
Si l'embrassa, se monstrant fort constante,
Car sans vouloir de son mal s'enquerir,
Luy dict amy mourez je suis contente.

58. Faire ne p…

Faire ne puis sans dueil et desplaisir,
Ce qu'il convient, et force que je fasse.
Debvoir recquiert ce qu'empesche desir,
Amour retient ce que raison prochasse.
Un bien me rit, et l'autre me menasse,
Dont entre deux convient que je souspire :
Las je veulx trop mais craincte me retire,
Qui ne permet que mon mal je descouvre :
En ce tourment adieu je vous viens dire
La larme à l'oeil, sans que ma bouche s'ouvre.

59. Belle comm…

Belle commere Dieu vous gard,
Et doit tousjours bonne adventure,
Je croy surtout qu'ayez esgard
De resjouir de nuict nature :
Brune est la nuict votre facture.
En tient aussi faicte par ris,
Pourtant qui veult choisir taincture,
Il n'est que fin noir de Paris.

60. Celer ne p…

Celer ne puis ny dire le tourment,
Que sent mon coeur, et fault que plus il dure,
Et le disant en souffrant plainement,
Je mectz mon bien en trop grand adventure,
Si je le dy la peine sera dure,
De faire ainsi mon secret apparoir.
En le celant si par trop je l'endure,
Incontinant Mort le fera sçavoir.

61. Un vieil s…

Un vieil soudard prioit une fillette,
Qu'elle fit butte pour un sien arc tendu,
Et s'il failloit un coup de sa sagette:
Au mesme lieu vouloit estre pendu,
Mais à la fin perdit tout estendu,
Et puis apres madame de railler,
Monsieur respond qui n'a pas entendu
De tousjours tendre, et elle de bailler.

62. Faictes si…

Faictes si vous plaist vostre aumosne,
A ce pelerin estrangier,
Qui n'a ny maille ny denier :
Sinon se peu que l'on luy donne.
Faictes si vous plaist votre aumosne.

63. Un jeune m…

Un jeune moine bien adroit,
Aux champs trouva une meusniere,
Qui de coeur gay chantant filoit,
Comme une bonne mesnagiere,
Le moine eschauffé du derriere,
Seul se voyant, et loing du monde,
Luy serre de pres sa croppiere,
Estoupant le trou de sa bonde.
La jeune femme eust quelque honte,
Et luy commence à remonstrer,
Ha moine que Dieu vous confonde,
Est-ce ainsi que sçavez prescher.
Non dict il, mais fault, que je monte.
Quand je suis saoul de devaller.

64. Ma bouche …

Ma bouche n'ose dire
Mon apparent desir,
Ne ma main le descrire,
De peur de desplaisir :
Mais c'est que je suis tien,
Et seray en tous lieux,
T'abandonnant mon bien,
Et mon coeur, qui vault mieulx.

65. Plus je la…

Plus je la voy de beaucoup estimée,
Plus tout mon coeur à la servir s'adonne,
Si à bon droict ce renom l'on lui donne:
Je croy qu'elle est en vertu consummée.

66. Comme le f…

Comme le feu sans chaleur ne veult estre,
Ny bon vouloir d'amytié se parer
Aussi l'esprit n'ayant lieu ou se mettre,
Ne veult ailleurs fors qu'en toy demeurer,
Et si la mort que faict tout d'esperer,
Rompoit les liens de la vie mortelle
Le corps sera par l'ame retirer,
Pour augmenter l'amytié immortelle.

67. En l'eau e…

En l'eau en l'eau jettes toy vistement,
Et tu auras de ton mal allegeance,
Trop chault tu fus te mettre si avant,
Sans bien penser d'amour la grand' puissance :
Doncq' si ennuy te tient en telle souffrance,
Ne te laissant avoir ce que pretends,
Prens reconfort ou vis en l'esperance,
Que comme toy plusieurs perdent leur temps.

68. Un doulx b…

Un doulx baiser m'est bien permis de prendre,
Mais le tetin on ne laisse toucher,
Difficille est au tiers poinct approcher,
Et encor moins sur le quart enteprendre.

69. Triste, et…

Triste, et marry, pensif, melancolique,
Palle, et transi malade, et frenaticque,
Pouvre orguilleux sans bien, et sans avoir,
Rude en esprit nud de grace,et sçavoir,
Plain de proces, plain de calamité
De tous hay de chascun desboutté :
Sans pain, sans vin , sans denier et sans maille,
Et sans espoir de trouver qui en baille,
Estre jaloux, coqu aussi coeur lasche,
Mal advenant tant qu'a chascun il fasche,
Au demeurant à tort, et sans raison,
Estre battu de femme en sa maison,
Dictes amy mais qu'il ne vous desplaise,
Qui vit ainsi, est il trop à son aise.

70. Un mesnagi…

Un mesnagier qui sa femme accusoit
De ce que tant vouloit estre jolie,
Souvente ffois en grognant lui disoit,
Vous faudra il tousjours tant de folie,
Malheureux est qui à femme se lie,
Par le corps bien ainsi qu'avons vescu,
Je n'ay faict coup qui ne couste un escu.
La belle alors l'oeil tout pleurant, et trouble,
Luy dist amy, de paour d'estre coqu,
Faictes le tant qu'il revienne à un double.

71. S'amour vo…

S'amour vous a donné mon coeur en gaige,
De quoy vous sert user tant de langaige,
Quand tout est dict il n'ya qu'un seul point,
Vous le voulez, ou ne le voulez point,
Si le voulez monstrez le sans parler,
Et j'entendray le moindre signe aller
Et vous seray amy non decepvant,
Si ne voulez, amy comme devant,
Un aultre aurez, et moy ne pouvant estre
De vous servir de moy je seray maistre.

72. Or sus or …

Or sus or sus qu'on se resveille,
Venez ouir le chant melodieux,
Du rossignol qui ne sommeille,
Qui va chantant en son chant gracieux,
Un bon amy pour l'aultre veille.

73. Monsieur l…

Monsieur l'Abbé, et monsieur son vallet,
Sont faictz esgaulx tous deux comme de cire :
L'un est grand fol, l'aultre petit folet,
L'un veult railler, l'aultre gaudir, et rire :
L'un boit du bon, l'aultre ne boit du pire,
Mais un debat au soir entre eulx s'esmeut,
Car nostre abbé toute la nuict ne veult
Estre sans vin que sans secours ne meure,
Et son vallet jamais dormir ne peult,
Tandis qu'au pot une goutte en demeure.

74. Quand suis…

Quand suis au lict pour prendre mon repos,
Cent fois la nuict apres toy me reveille,
Et m’est avis que te tiens les propos,
Que j’ay desir te dire quand je veille,
Lors dictz à Dieu mais il a sourde oreille,
A ma priere, et n’a nul soing de moy,
Faictz luy pour moy sentir peine pareille,
Veoir s’elle aura, plus de pitié de soy.

75. Prendre pl…

Prendre plaisir en aimant loyaulment,
Sans estre aimé, et vivre sur attente
Estre amoureux et jouir nullement,
C’est un plaisir qui desplaist, et tourmente,
Que s’il advient que la dame presente,
Des biens requis le meilleur à choisir,
Et que l’aimant du present se contente,
Lors c’est tourment ou gist un grand plaisir.

76. A tout jam…

A tout jamais d’un vouloir immortel,
La serviray comme la plus notable,
Qui soit vivant d’un joyeulx entretien,
La raison est que son coeur et le mien,
Ne soit plus qu’un par un vouloir semblable.
A tout jamais.

77. La grant d…

La grant doulceur de vostre cler visaige,
Me donne espoir de mercy recepvoir ,
La cruaulté de vostre dur couraige,
Me faict douleur de crainte concepvoir,
N'ayez donc plus merveilles de me veoir,
Ores chantant, ores faisant clameurs,
Car soubz espoir de vie et mort avoir,
Je vis sans vie, et sans mourir je meurs.

78. D'amour me…

D'amour me plaintz, et du mal que je sentz,
De trop aimer par folie, et simplesse,
Car puis qu'il nuit ne doibt plaire à mes sens,
Et s'il est bon ne doibt causer destresse,
O fol plaisir, ô facheuse liesse,
Quand pour aimer le malheur ainsi croist,
Que le vouloir m'est doulx puis en angoisse
L'hyvert je brusle, et l'æsté meurs de froid.

79. Plaisir, p…

Plaisir, prouffit, honneur, advancement,
Maintz gens ont eu pour à l'amour attaindre,
Qui rend aux siens un tel contentement,
Que dire peulx amitié trop plus moindre
Que n'est amour, lequel si voulois paindre
En une fleur, et que mortelle chose
Feust un rosier, lors dirois sans nul craindre,
Amour se doibt figurer une rose.

80. Amour se d…

Amour se doibt figurer une rose,
Dont pour un temps l’odeur on peult tirer,
Mais amitié est trop plus grande chose,
Qui bien au vray la veult considerer :
Car amour n’est qu’un desir d’aspirer
A quelque fin, pour un contentement :
Mais d’amytié l’on en peult retirer,
Plaisir, prouffit, honneur, advancement.

81. Jamais amo…

Jamais amour n’aura ceste puissance,
De commander à ce qui n’est plus sien,
Puis que la mort par sa grande inconstance,
A de plusieurs l’espoir pris, et mon bien :
Contente suis désormais n’estre rien,
Pour ne servir aulx amoureux d’exemple,
Partz donc amour, et le coeur qui n’est tien,
Souffre languir, et mourir tout ensemble.

82. Si pour am…

Si pour amans la Lune est importune,
Pour la clerté qu'elle monstre de nuict
Quand soubz espoir, pourchassent leurs fortune,
Mais la clerté de la Lune leurs nuit,
Dont sont contrainctz d'attendre la minuict,
Que la clerté de leurs yeulx se reconse,
Et si n'ont lors de leurs dames responce,
Prest sont de choir en grand' desesperance,
N'estoit qu'amour c'est arrest leurs prononce,
La fin d'espoir c'est d'avoir jouissance.

83. O vous mes…

O vous mes yeulx qui avez incité,
Mon triste coeur à telle passion,
O hault penser qui m’avez récité,
Par tant de fois telle perfection,
Ma liberté pour trop d’affection,
Changé m’avez ô quelle recompense,
Dont vient cela que la punition
Ne recepvez, d’une si griefve offense.

84. Un gallant…

Un gallant le fit et refit,
A une fille en s'esbatant,
Et puis apres la satisfit
D'un bel escu dor tout contant,
Ma foy, je n'en aurez pas tant
Ce dict la fille c'est beaucoup,
Serrez cela dict il à coup,
Lors dict la fille, au corps gent,
Faictes le donc encore un coup
Pour le surplus de vostre argent.

85. D’un amy f…

D’un amy fainct je ne me puis deffaire,
Sans ma parole, et honneur assentir,
Las maintenant je commence à sentir,
Quel enuict c’est complaire à son contraire,
Celer le doibz mais je ne m’en puis taire,
Car ma douleur ne si veulx consentir,
Ha, que bien peu sert un bon repentir,
Quand on ne peult au surplus satisfaire.

86. Je vouldro…

Je vouldrois ce gentil clerc estre,
Non pas pour grace qu’elle luy treuve,
Ni aussi pour estre ton maistre,
Las du contraire as tant de preuve,
Car tu sçais bien que tout mon oeuvre,
Ne tend qu’a estre serviteur,
Mais je vouldrois changer ma soeur,
Mon sort à luy, et ma fortune,
Pour tous les jours avoir c’est heur,
Veoir mamye à heure opportune.

87. Amour que …

Amour que tu me fais de mal,
Sans me donner quelque allegeance,
N’as-tu point pitié du travail,
Lequel je prends pour ta plaisance,
Pour un jour cent fois t’ay cherché,
Comme un bon chien faict à la trace,
Mais trop tu faisois du fasché,
Quand au pres j’estois de ta face
Dont j’ay congneu subitement,
Qu’en toy ne me failloit fier,
La raison sera pour comment,
Que tu es pour vray trop legier.

88. Passant me…

Passant melancolie
Un soir après souper,
J’entreprins la folie
D’aller tost destouper
La fenestre à mamye
Elle estant emdormie
Toute nuë sur son lict,
Aupres d’elle me couche,
Ne me monstrant farouche
Feis branler le chalict.

89. Rossignole…

Rossignolet qui chante au vert bois,
N’as-tu pas veu ma doulce amye,
Je l’ay perduë passé trois moys,
Dont tous les jours il m’en ennuye :
Or revenez gente fillette,
Car je suis vostre amy,
Cueiller irons la violette,
Pour passer tout ennuy.

90. Si vous l’…

Si vous l’avez rendez le moy,
Gentil garson mon pucellage,
Ne faites plus vivre en esmoy
Mon petit coeur de franc courage,
Les femmes de nostre village
Disent partout je l’ay vendu,
Ell’ ont menti par leur visage,
Car par ma foy je l’ay perdu.

91. Veoir devi…

Veoir deviser, et converser,
Masle, et femelle, à fois diverse,
Faict l’homme tout sur con verser,
Et femme choir a la renverse,
Sathan y vient à la traverse,
Tout engluer telle pipée
Qui de sa cautelle perverse,
Femme jamais n’est destrapée.

92. Robin voul…

Robin vouloit sa femme battre,
Avant que monter à cheval,
Mais en cuidant le bas combatre,
Il fit un peu du desloyal
Car il frappa trop rudement,
De sorte que de tant picquer
Mourut quasi subitement,
Voila que c’est de triqueter.

93. Une safret…

Une safrette safrettant,
A qui fretilloit le derriere
Pria celuy qu'elle aimoit tant,
De lui rabiller sa croupiere,
Il luy exaulce sa priere,
Et vous la trousse gayement
Voila dict elle la maniere
Ou je prens plus d'esbatement.

94. Le temps v…

Le temps vouldroit de soy trop presumer,
Si l’amitié plus coeleste qu’humaine,
D’entre noz deux il cuidoit consumer,
Il n’a povoir que sur chose mondaine,
Sur l’inconstant, et ce qui souffre peine,
Qui monstre donc en cela son pouvoir,
Car amytié constante, et bien certaine,
Souffrir ne peult pour apres fin avoir.

95. Si j'ay gr…

Si j'ay grand desir de la veoir,
Elle n'en a pas moins d'envie,
De telle sorte que pourvoir,
A l'un sans l'aultre on ne peult mye
Quand je suis avec c'est sa vie,
Et de moy, j'en ay plus de joye,
Par ainsi laise de mamye,
Faict qu'en contentement je soye.

96. Si me voye…

Si me voyez face triste, et dolente,
Un tainct passé ou mort pour dire mieulx,
Dictes pour seur sa maistresse est absente,
Cela le faict ainsi devenir vieulx,
Car ma vie est aux rayons de ses yeulx,
Le seul soleil qu'en ce monde revere :
Comme des rays d'un phoebus gratieux,
Se paissent fleurs durant la prime vere.

97. Cest à moy…

Cest à moy qu’en veult ce coqu,
Car seule suis en ce boucage :
Mais tu en mentz aussi fais tu,
Meschant oyseau elle est trop sage,
Un mary ay le corps pour gage
Tant qu’il vouldra aupres de soy,
Suis-je subjecte au coquage,
Quand l’esprit est du tout a moy.

98. J’ai le fr…

J’ai le fruit desiré,
Dont me doibtz contenter,
Je laisse les amours
Aux aultres lamenter,
Car mon bien ne pourroit
Pour nul bien augmenter,
Sur aultres n’ay envie,
Ainsi sera contente
Et heureuse ma vie.

99. Vous estes…

Vous estes un fascheux homme,
Vous ne finerez meshuy,
Par un matin my levay,
Finez vous, ou je crieray,
Trouve bergiere au coeur gay,
Voulez vous cesser,
Voulez vous finer, Ou hay,
Vous estes un falcheux homme,
Vous ne finerez meshuy,
Je la prins, et l’embrassay,
Finez vous, ou je crierai
Sus l’herbette la jectay,
Voulez vous cesser
Voulez vous finer, ou hay.
Vous estes un fascheux homme,
Vous ne finerez meshuy.

100. Quand j’ai…

Quand j’ai esté quinze heures avec vous,
A vous baiser du moins cette fois pour heure,
Disant adieu ces plaisirs s’envont tous,
Et en plus grand appetit je demeure,
Lors m’est aduis, ou maintenant je meure,
Qu’heure sans vous me dure des jours cent,
Comme avec vous m’amour je vous asseure,
Ce jour m’estoit plus qu’heure tost passant.

101. Si vous av…

Si vous aviez comme moy faim,
Vous auriez desir de repaistre :
Mais un cheval qui ha prou foin,
Et picotin ne peult mal estre,
Je dis entendez à mon aistre,
Qu’il m’est trop grief de seul veiller,
Qui voit un mort tout vif renaistre,
C’est assez pour s’emerveiller.

102. Madame je …

Madame je vous remercie,
De m’avoir esté si rebource,
Pensez vous que je m’en soucie,
Ne que tant soit peu m’en courrouce,
Nenny non, Pourquoy ? pource,
Car deux escuz m’avez saulvez,
Qui sont aussi bien dans ma bourse,
Que dedans le trou que sçavez.

103. Long temps…

Long temps ya innocente pucelle,
Que je voulu conduire ta nacelle,
En ce lieu cy sans craindre l’aspre vent,
Qui au chemin m’a tourmenté souvent,
Pour en ce lieu novisse, ou clerc me rendre,
Car à plus grand honneur ne veulx pretendre.

104. Musiciens …

Musiciens qui chantez à plaisir,
Si vous voulez faire valoir la notte,
Prenez un ton tout doulx et à loisir,
En escoutant ce que le chant denotte,
Accordez vous ainsi que la linotte,
Qui prend plaisir a son chant gratieux,
Soyez expers d’oreilles, et des yeulx,
Ou aultrement il vauldroit mieulx se taire :
Mais je vous pri que vous soyez soigneux,
De ne chanter si vous n’avez à boire.

105. Ca ces bea…

Ca ces beaulx yeux ça ceste bouche
Que je les baise mille fois,
Ca ce rond tetin que j’y touche
Ceste cuisse, et plus hault trois doigtz
Pourquoi faire je n’oserois
Ouvrir ma bouche pour le dire
Mais quand je seray aux endroictz
J’ay plume et encre pour escripre.

106. J’endure t…

J’endure tout c’est bien raison
Puis qu’ainsi plaist à ma mignone
En tout lieu, en toute saison
A luy complaire je m’addonne
Et si aulcun est qui s’estonne
Qu’ainsi dis a bon escient
Aime aultant cest oeil luy donne
Si comme moy n’est patient

107. Ce disoit …

Ce disoit une jeune dame,
A un vieillard vous my faschez
Et vous tuez le corps et l’ame
Pour neant a ce que taschez,
Aller faire ailleurs voz marchez
Mal vous siet ceste mignotise
Quand est de moy je suis promise,
Pas ny voyez cler a demy,
Je ny leverai ma chemise,
Cela se garde pour l’ami.

108. Quand je v…

Quand je voy ma mignone rire,
Je suis creté comme une fraize,
Mais quand je voy qu’elle souspire,
Rien ne puis voir lors qui me plaise,
On ha beau faire s’il s’appaise,
Ce pauvre coeur, qui se deult tant,
Or sus donc mectz toy a ton ayse,
Cela seul si me rend content.

109. Je ne veul…

Je ne veulx plus de mon malheur me plaindre,
Ni en l’esprit avoir le souvenir,
Du tort qu’avez : bien veulx celer, et feindre,
De le sentir, affin qu’a l’advenir,
Le regret n’ayt pouvoir de me tenir,
Triste, et pensif, le reste de ma vie,
Car j’aime mieulx nostre amitié finie,
Estre par vous et vostre cruaulté,
Que de tenir tousjours en agonie,
Serve à rigueur ma ferme loyaulté.

110. Puis que t…

Puis que tu veulx mettre fin à ta plaincte,
Mettant du tout mon grand tort en oubli,
Je te suppli, pourtant ne soit estaincte,
Nostre amitié qui de foy prent son pli,
Car j’ay espoir que bien tost accompli
Sera ton vueil, comme tu le desire,
Ce qui fera que cessant ton martyre,
Et jouissant du fruict de ma beaulté,
Tu n’auras plus l’occasion de dire,
Serve à rigueur estre ta loyaulté.

111. Ou cerchez…

Ou cerchez vous du dieu d’amour l’empire,
Pour le trouver ne croyez auz poëtes,
Avec Psiches ja plus ne se retire,
Comme un temps fut bien abusez vous estes :
Voulez sçavoir les plaisantes retraictes,
Et la ou sont de cupido les cieulx,
M’amour les ha en son coeur gracieux,
Et qui viendroit le fendre par moytié
On y verroit, ou on n’auroit point d’yeulx
Qu’en ce lieu est, le palais d’amitié.

112. Il est per…

Il est permis trouver au lict s’amie
Aux innocentz cest bonne occasion
Et n’est mal faict s’un tetin on manie
C’est qui plus est saincte religion
Sainctz innocentz plains de devotion
Bien hereticque est qui poinct ne vous feste
Mais qui ce jour feroit l’ascention
Plus sollempnel encor seroit la feste

113. Un jour do…

Un jour dormoit Colin en my des prez
En pleine terre, et Janeton s’amie
Qui la le veoit se vint coucher au pres,
Ou cuida estre comme luy endormie,
Mais le soleil droict aux yeulx luy ennuie,
Lors Colin grippe, et dict n’ayez souci
De traversin me fourniras ainsi,
Pour eviter de terre la froidure,
Et moy dessus de pavillon aussi
Je serviray, m’ayant pour couverture.

114. Puis qu’a …

Puis qu’a t’aimer ne reçoy que tourment
Quand du jouir ne voy aultre apparence
Ailleurs me fault cercher allegrement
Ou puisse aimer avec jouissance
Remord d’amour ma dit n’aye desfiances
Qui veult jouir il faut perseverer
Ainsi voila comme suis en doubtance
Qui je ne sçay lequel faire ou laisser

115. Si je te v…

Si je te voy qui est ce que desire,
Plus fort je sentz que ma flamme estincelle,
Si es absente, helas mon coeur souspire,
Et n’a plaisir s’il noit de toy nouvelles :
Ainsi pour toi, suis en peine immortelle,
Bruslant en feu plus ardant que n’es souffre,
Prendz doncq un glaive O gente damoyselle
Si n’as pitié plustost que tant je souffre.

116. Quelque yv…

Quelque yvrongne de par le monde,
Preschoit un jour dans une pippe,
Et par le pertuis de la bonde,
Il monstroit le bout de sa trippe,
Gardons nous bien qu’il ne nous pippe,
Dirent les femmes en riant,
Lors dict le prescheur en criant,
Tout rempli de couroux, et d’ire,
Tout beau paix la laissez moy dire,
Ou par dieu vous yres dehors,
Que le diable qui vous faict rire,
Vous puisse entrer dedans le corps.

117. Jehan se j…

Jehan se jouant un jour avec Jehannette,
En bas devis luy dict faisons cela,
Helas dict elle je suis par trop jeunette,
Ami vivant ne me despucella,
Ne pencez pas que je soye de ceulx la,
Cerchez ailleurs a vous ne veulx contendre,
Jehanne dict il si pretendz-je au con tendre
Regardez bien qui me soit tost presté ?
Or bien dict elle je m’en vois donc estendre,
N’en parlez plus mon con est appresté.

118. Qui diable…

Qui diable nous a faict ces jours,
Si long, si grandz, si ennuyeux ?
Car ils empechent noz amours,
Et semble qui soient envieux,
Jupiter le plus grand des dieux,
Souvienne toy de ta jeunesse,
Tu feis durer trois nuictz sans cesse
Pour forger le fort Hercules,
Affin que voye ma maistresse,
Je te prie donc accourcis les.

119. Jamais amo…

Jamais amour sans guerre n’est parfaict,
Ni de durée encores qu’il feust ferme,
Guerre amour faict, la guerre amour deffaict,
Puis le refaict, et plus fort le conferme,
L’on tient parfois quelque rigoreux terme,
L’on a despit, l’on conçoipt jalousie,
L’on chet souvent en forte frenaisie,
L’on porte groing huict, dix, ou douze jours :
Mais pour entendre au vray la fantaisie,
Telz menus plaidz conferment les amours.

120. Telz menuz…

Telz menuz plaidz conferment les amours,
De ceulx qui sont de fol plaisir attaintz
Et leurs deduitz ne dure pas tousjours,
Car inconstans sont en amours, et vains
Mais vrais amans, qui ont leurs coeurs conjoinctz
Par chasteté, et loyaulté pudique,
S’aiment tousjours sans guerre, et sans picque,
Car tel amour n’est jamais imperfaict,
Mais s’il procede d’un vouloir impudique
Tel fol amour, sans guerre n’est perfaict.

121. Recepte po…

Recepte pour un flux de bourse.
Couchez vous avant qu’il soit nuict
Dormez toujours et pourquoy ? pource
Car en dormant rien ne vous nuit :
Mais si vous aimez le deduit
D’habiter la belle au corps gent,
Par nostre dame il fault argent.

122. Quand cont…

Quand contremont voirras retourner loyre,
Et ses poissons en l’air prendre pasture,
Les corbeaulx blancz laissantz noire vesture,
Alors de toy n’auray plus de memoire.

123. Elle voyan…

Elle voyant approcher mon départ,
Ma dict ami pour m’oster de langueur,
Au departir, las laisse moy ton coeur,
Au lieu du mien, ou nul que toy n’a part.

124. Or à ce jo…

Or à ce jour le verd may se termine,
N’en oys tu pas le Rossignol se plaindre,
Las est à moy tout mon verd si se fine,
Plus n’ay raison en mes couleurs le peindre,
Mes plaisirs sont souspirer sans me faindre,
Voyant le temps approcher que m’en vois,
Plus ne voirray ce que voir je soulois,
Dont ja commence à m’ennuyer ma vie,
Adieu beau may adieu le plaisant moys,
Ha fin de may facheuse quantesfois,
Me regrettant te mauldira m’amie.

125. Ou est ce …

Ou est ce temps dictes madamoiselle,
Que ne pouviez estre un jour sans me voir,
N'estes vous plus? las à quoy tient il, celle
Qui voz plaisirs preniez tous à m'avoir,
Ay-je m'espris encontre le debvoir
A vous servir, helas non, que je pense?
Mais s'advenu m'estoit par ignorance,
Dictes le moy, et vous monstrez benigne,
Du malfaicteur prendray telle vengeance,
Que le direz de pardon estre digne.

126. Quand tant…

Quand tant me mectz devant les yeulx,
De graces en m'amie,
Qui me voirroit jaloux des Dieux,
Me blasmeroit on mie,
Mais si n'ay je peur ny demye,
Asseuré qu'elle nourrist grande beaulté en paix,
Avec foy à peine jamais,
En un lieu sans querelle.

127. Ce n'est p…

Ce n'est poinct moy mon oeil qui te travaille
Accuses en toy mesmes seulement,
Car si les nuictz sans te fermer je veille,
Qui en est cause helas c’est mon tourment,
Par ton regard eut son commencement,
Et cela faict que si mal je repose,
Ha donc povre oeil endure doulcement,
De ton travail, et du mien tu es cause.

128. Si m'amie …

Si m'amie a de fermeté,
Aultant qu'elle a de bonne grace,
Plus qu'un Dieu suis en verité,
Car mon heur tous ceulx du ciel passe:
Mais quoy fault il que doubte en face,
N'ay je pas preuve de sa foy,
O en amitié l'oultre passe,
Par qui les Dieux sont moins que moy.

129. Qui veult …

Qui veult sçavoir quelle est m'amie,
Cest une gente damoiselle,
Qui a la grace tant jolie,
Qu'un chascun tire en sa cordelle,
Je n'en cognois point de si belle,
Un maintien un parler de mesmes,
Et le pis que je trouve en elle,
Elle m'aime comme soi mesmes

130. Je ne suis…

Je ne suis devin ne prophete,
Et si lis au coeur de m'amie,
Ce que je veulx elle souhaitte,
Ce que me desplait luy ennuye,
Si donques sçavoir j'ay envie,
Que ce qu'elle faict pour le seur,
Demander le fault à mon coeur,
Il me dict que la damoiselle,
Comme aussi la j'ay mis mon heur,
Souvent me desire pres d'elle.

131. Un bon vie…

Un bon vieillard qui n'avoit que le bec,
Se trouvant court pres d’une jeune dame,
De desir prou : mais de cela à sec.
Ne suis-je pas, ce dict-il, bien infame,
Pour tout payement luy chante ceste game,
Il taste il monte assez pour l’escacher,
Plus de cent fois, et ne peult deslacher,
Dont se mocquant, dict la dame faschée,
L’esprit est pront : mais infirme est la chair,
Notre curé souvent m’en a preschée.

132. Sur l'aubé…

Sur l'aubépin qui est en fleur
Se degoise le Philomene,
D’aultre costé Progne sa soeur
En son chant grand joye demene,
Chascun pour l’amour de la sienne
Dict mille mottetz en musique :
Mais moy à tout dueil je m’applique,
Par ce qu’icy ne voy la mienne.

133. Puisque vo…

Puisque voulez que de vous je m’absente,
Et que pitié ne peult flechir voz meurs,
Mourir m’est doulx pour vous rendre contente,
La ay-je mis le parfaict de mes heurs,
Trop plus seray satisfaict en mes pleurs,
Pour nous donner quelque contentement,
Que plus vous faire entendre mes clameurs,
Et vous causer par cela un tourment.

134. Et vray Di…

Et vray Dieu qu'il m'ennuye,
Et que me tarde l'heure,
Que ne te voy m'amie,
Qu'avec toy ne demeure,
Ce pendant soys seure,
Qu'en toy gist ma pensée,
De toy bien je m'asseure,
Qu'elle est recompensée.

135. Mon ami es…

Mon ami est en grace si parfaict,
Que d’un chascun à soy le coeur il tire,
Helas voila tout ce qui tant me faict,
Estre doubteuse, et en si grand martyre.
Car comme moy un chascun le desire
Avoir pour soy, ô conqueste excellente,
Las si j’osois à moy seule te dire,
Plus que les dieux m’estimerois contente.

136. N'ayez plu…

N'ayez plus peur mary jaloux,
Pour moy ne fault cacher vos femmes,
J'ay à moy seul plus vous tous,
Sans qu'aulx vostres je face blasme,
Je ne fais rien pour les dames
Ne me chault d'acquerir leurs graces,
Fi d'amour j'en quicte les armes,
En trop bon lieu mon coeur ha place.

137. Dieu doint…

Dieu doint le bon jour à m’amie,
Que ne vis puis hier au soir,
Or ne soyez plus endormie,
Cest votre ami qui vous vient voir,
Voiez comme il faict son debvoir,
Pour vous faire son coeur cognoistre,
S’il avait aultant de povoir,
Sur tout verriez son feu paroistre.

138. Si le povo…

Si le povoir de Diane a esté,
Sus Acteon estimé courageux,
Pour mort avoir contre luy suscité,
Par le combat de ses chiens furieux,
Certes tu as la faveur des haultz dieux,
Et en amour trop plus grande puissance,
Car ton aspec plaisant, et gratieux,
Revivre faict sans que mort rien puisse en ce.

139. Pour avoir…

Pour avoir fille en mariage
Vint voir un galland sa voisine,
Sa mere dict elle n'est pas d'aage
Fortz que de treize ans la saizine,
Et demi dict la fille fine,
La larme à l'oeil en soupirant,
A douze ans le fit ma cousine,
Qui n'en est pas morte pourtant.

140. Il n’est q…

Il n’est que d’estre sur l’herbette,
En ce joli verd mois de may,
Avoir pres de soy s’amiette,
Puis en riant planter le may.
Je le dis car bien je le sçay,
Et doulce en fut l’experience,
On n’a qu’a dancer houppe gay
Rossignolet sonne la dance.

141. En amour y…

En amour y a du plaisir,
En amour douleur se pourmenne,
Y cueille qui en peult choisir,
La roze, et l’espine ny prenne :
Mais si du bien tant est prochaine,
Que l’un sans l’aultre ne puisse estre,
Quicter le plaisir pour la peine,
C’est par Dieu faulte de cognoistre.

142. Un gay ber…

Un gay bergier prioit une bergiere,
En luy faisant du jeu d’aimer requeste,
Allez dict-elle, et vous tirez arriere
Votre parler je trouve deshonneste,
Ne pensez pas que ferois tel deffault ?
Parquoy cessez faire telle prière,
Car n’avez pas la lance qu’il me fault.

143. Je suis à …

Je suis à vous mais sçavez vous comment,
Comme celuy qui tout entier est vostre,
Et me contente ainsi non aultrement,
Que si veois par Sainct Pierre l'apostre,
Jusques au ciel tout le monde estre nostre,
O sur tout bien doulce captivité,
Dire ainsi fault quand pour estre à un aultre,
Et pour servir on hait la liberté.

144. Vous souvi…

Vous souvient il point ma mignonne
Qu’un jour me reprouchiez par jeu,
Pour t’aimer je ne crains personne,
Toy de craincte as plus que de feu :
Maintenant vous puis dire au lieu,
Que m’avez desrobbé ma crainte,
En amitié est tout mon Dieu :
Mais la votre est par peur estaincte.

145. Si tu as v…

Si tu as veu que pour ton feu estaindre,
Je me suis mis comme ami en debvoir,
N'as tu pas donc grand raison de me plaindre,
Et à ce feu qui me brusle pour voir,
D'aultre costé ne puis remede avoir,
Qui me penetre au plus profond de l'ame,
Las ce qu'il faict ardre mon feu (madame)
C'est pour t'aimer pour Dieu il t'en souvienne,
Et si par eaue j'ay secouru ta flamme,
Par ton amour, si fais cesser la mienne.

146. Si je n'av…

Si je n'avois de fermeté,
Non plus que j'ay de bonne grace,
Vostre heur seroit mal arresté,
Car d'aimer bien serois tost lasse :
Mais ne fault point que doubte on face,
Ami perfaict plus que les dieux,
Que nostre amour par moy se passe,
Dont nous serons plus contentz qu'eux.

147. Or sus pas…

Or sus pas je ne veulx refaire,
A ceste heure que m'en priez,
Estre vous fault de tel affaire,
Aultrement vous vous mocqueriez,
Vous souvient il que vous riez,
Ne niant que j’en eusse envie,
Quand recommencer je vous prie,
A ce joli jeu que sçavez
Aussi j'ay fluz, et si l'envie,
Advisez quel jeu vous avez.

148. Je suis bi…

Je suis bien aise, qu'elle est belle,
Car pour moy seul, est sa beaulté,
Et si ay peine, à la voir telle,
Craignant l'envie, au bien que j'ay,
Non que par ma legiereté,
Qui me face deffier d'elle :
Mais des yeulx de ma damoyselle,
Ny a Dieu qui n'en fut tenté.

149. Un bon vie…

Un bon vieillard qui n'avoit que le bec,
Se trouvant court près d'une jeune dame,
De desir prou : mais de cela à sec,
Ne suis-je pas (ce dict il) bien infame,
Pour tout payement luy chante ceste game,
Il taste, il monte assez pour l'escacher,
Plus de cent fois et ne peult deslascher,
Dont se moquant dict la dame faschée,
L'esprit est prompt : mais infirme est la chair,
Nostre curé souvent m'en a preschée.

150. Mon amy es…

Mon amy est en grace si perfaict,
Que d'un chascun à soy le coeur il tire,
Helas voyla tout ce qui tant me faict
Estre doubteuse, et en si grand martyre,
Car comme moy un chascun le desire
Avoir pour soy, ô conqueste excellente,
Las si j'osois a moy seule te dire
Plus que les dieux m'estimerois contente.

151. Soleil qui…

Soleil qui tout voit par ma foy,
Il ne fault ja que te le nie,
Je suis quasi jaloux de toy,
Pourquoy regarde-tu m'amye,
Si d'Endimion print envie
La lune, et en laissa les cieulx,
Je crains qu'en son amour te lie,
Car un soleil mérite et mieulx.

152. Si me voye…

Si me voyez face triste, et dolente,
Un tainct passé ou mor, pour dire mieulx,
Dictes pour seur sa maistresse est absente,
Cela le faict ainsi devenir vieulx
Car ma vie est aux rayons de ses yeulx,
Le seul soleil qu'en ce monde revere,
Comme des rays de phoebus gratieux
Se passent fleurs, durant la primevere,

153. Or suis-je…

Or suis-je bien (sur tous) le miserable,
Que devant toy mercy trouver ne puis,
Plus suis aymant, et moins suis aggreable,
Et as plaisir ce semble en mes ennuys,
Car je te cerche, et en tous lieux te suis,
Et rien ne quiers, qu'avoir ta bonne grace,
Toy au contraire (ha bon Dieu) tu me fuis,
Et pres mon feu es plus froide que glace.

154. Qui la vou…

Qui la vous faict tant regarder,
De mon bien poures envieux,
Chascun de vous se doibt garder,
De l'esclat qui sort de ses yeulx,
Aultant vous vauldroit semidieux,
Rencontrer ce serpent qui tue,
Le poure passant de sa veue,
Que femme comme elle perfaicte,
Qui pour tous navrer est pourveue:
Mais pour moy seul guarir est faicte,

155. Je lis au …

Je lis au coeur de m'amye,
Une envie
De me voir, Et ce pendant
Je sçay bien, qu'en m'attendant
On s'ennuye.

156. Quelqu'un …

Quelqu'un me disoit l'aultre jour,
Que ce moys est melancolique,
Ce moys dedié à l'amour,
A noz plaisirs (ce croy-je) a picque,
Le rossignol taist sa musique,
Aux champs n'apparoist nulle fleur,
Le soleil cache sa lueur,
Il semble brief que tout lamente,
Je luy respondz m'amye absente,
En ce pais tout est en pleur.

157. Cent baise…

Cent baisers au departir,
Bouchette friande,
Cent baisers au departir,
Je les vous demande,
Premier que d'icy partir,
Cent baisers au departir,
Faictes les à centz sortir
Amour le commande
Cent baisers au departir,
Bouchette friande.

158. Si je cogn…

Si je cognois que l'on ayme m'amye,
Et que chascun la vueille avoir pour soy,
Doibtzje pourtant entrer en jalouzie,
Non, je sçay bien qu'elle_est toute pour moy,
Trop m'est cogneu, et son coeur, et sa foy,
Pour en doubter, sus donc fascheux presaige.
Devant fauldroit qu'il ny eust Dieu, ny loy,
Pourveu me sentz d'une_amye trop saige.

159. Las si tu …

Las si tu veulx en aultre part aymer,
Ne tourne plus devers moy tes beaulx yeulx,
Ta bouche aussi je te suppli fermer,
Dont j'ay ouy maintz propos gratieux,
Plus rouge elle est que courail precieux,
Et à baiser elle donne tant d'aise,
Qu'il ne te fault point trouver ennuyeux
S'il me desplaist, quand un aultre te baise.
De ceans jusques chez m'amye,
Bien sçay combien y a de pas,
Cent fois les ay faictz en ma vie :
Mais oncques jours je n'en fuz las,
Pleuve, vente il ne m'en chault pas,
En tout temps la voye m'est belle,
Et vole comme une arrondelle.
Or perdz-je celle en qui gist tout mon bien,
Et sans laquelle, ha je disfi du monde,
Car ayant tout sans elle je n'ay rien,
Et l'ayant seule en moy le tout habonde,
Un poinct y a, ou mon salut je fonde,
C'est que sans elle, icy je ne puis vivre.
Prendz donc confort en ta douleur profonde,
La mort est pres, qui t'en rendra delivre.
En ce verd moys temps opportun,
Pour prendre plaisir je vouldroye,
Tenir m'amye nue a nud,
Au joly bois soubz la couldroye,
La à gogo la serviroye,
De quel metz mot ny en quel nombre :
Mais beau luyre auroit le souleil,
S'elle trouvoit bon mon conseil,
Si je ne la mettois à l'umbre.
Petite damoyselle,
A amour donne lieu,
Que sert d'estre rebelle,
A un si puissant Dieu.
Il fault craindre son ire,
Et feras beaucoup mieulx,
De ne plus contredire,
Veu qu'il commande aux dieux.
Petit jardin à Venus consacré,
Secret tesmoing du plus grand de mes heurs,
Ou j'ay receu de m'amye_à mon gré.
Le perfaict bien, out tendent serteurs,
Pour recompense, ayez tousjours fruictz meurs,
Yver, esté, ny seiche la verdure,
Et qu'on y voye habondance de fleurs,
Ne plus ne moins, comme quand le verd dure.
Je me veulx tant à son vouloir offrir,
Que ne requiers remede à ma langueur,
Sçachant qu'elle a plaisir me veoir souffrir,
Souffrir m'est doulx, et mon mal j'estime heur.
O qui aura sur mon heur advantage,
O qui pourra en lieu si hault attaindre,
Que d'estre amy d'une dame tant saige,
Et de beauté qu'Appelles n'eust sçeu paindre :
Perfaicte assez elle est pour deux contraindre,
En son amour d'un seul traict de ses yeulx,
Et qu'il me faict leur jalouzie craindre,
Confesser lors qu'ay à moy trop plus qu'eulx.
J'ay baisé m'amye à mon aise,
Et tenu nue à ma mercy,
Mais quoy cela, mon coeur n'appaise,
Qui plus est en croist mon soucy,
Pour me contenter, reste un si,
Et que c'est, je ne diray point,
Il ne se doibt point dire aussi :
Mais prendre s'on se trouve a poinct.
Si la roze croist sans l'espine,
Si sans le labeur vient le pain,
Si sans le feu chault, l'or s'affine,
Ton propos de raison est plain:
Et donc à l'amour donner fin,
Soubz umbre qui a fascherie,
N'estce pas contre droict divin,
C'est une vraye mocquerie.
Avant que partiez de ce lieu,
Amye que tant je desire,
De loing je vous mande un adieu.
Ne pouvant aller ou j'aspire,
Et vous veulx contre lettre escripre,
Affin que mais que je vous voye,
Alors j'aye plus à vous dire
A le compter a plus de joye.
Qu'est ce qu'amour l'un dict que c'est un Dieu,
L'aultre au contraire amour quoy que l'on die:
C'est un tourment pire que nest un feu,
Chascun en dict selon sa fantasie:
Mais veulx tu bien sçavoir comment il lye.
Et si il est aux siens doulx, ou amer,
Demander fault qu'il en semble à m'amye,
Elle sur tous sçait que vault bien aymer.
Ce qu'il me faict si aisement jaloux,
Sçais tu que cest c'est ta grace m'amye,
Et que me voy avoir par dessus tous,
Acquis un but, ou chascun porte_envie,
O mon seul bien, et d'ou despend ma vie,
Ne vueilles poinct pour aultant te fascher,
Cela ne vient qu'a toy bien ne me fie:
Mais las on crainct tousjours ce qu'on tient cher.
Robin couché à mesme terre,
Dessus l'herbette pres s'amye,
Il crainct ce dict il le caterre,
A elle le souleil ennuye :
Mais sotte ne se monstra mye,
Luy disant en face riante,
Mectz toy sur moy je suis contente,
De te servir pour matheras,
Et tu seras en lieu de tente,
Car umbre au soleil me feras.
Quand tant me mectz devant mes yeulx,
De graces en m'amye,
Qui me voirroit jaloux des dieux,
Me blasmeroit on mye:
Mais si n'ayje peur ny demie,
Pour tout asseuré,
Qu'elle nourrist grace et beaulté en paix,
Avec foy à peine jamais,
En un lieu sans querelle.
Malade si fut ma mignonne,
Quelque jour, et je luy disoye,
Que vous sert ce qu'on vous ordonne,
Fault que vostre medecin soye,
Si vous enseigneray la voye
Pour tost guarir sans grand mistere,
Il ne vous fault qu'un bon clistere,
Tel que le vous prepareray,
Et si seray l'apothicaire,
Car moy mesme le bailleray,
Pourquoy fais-tu à aultre chere,
Tant seulement du clin de l'oeil,
Ta bonne grace m'est si chere,
Que tout aussi tost j'en ay dueil,
Que n'ay-je d'elle tel accueil,
Dis-je alors et si l'on te baise,
Pleust aux Dieux le veoir au sarcueil,
Cest usurpateur de mon ayse.
Comment mon cœur es-tu donc dispensé,
De te donner sans de moy conger prendre,
Et vous mes yeulx, vous avez commencé,
Sans vous pouvoir aulcunement defendre,
Par voz fins tours me contraingnez d'apprendre
Que cest d'aymer, sans espoir d'avoir mieulx,
O cœur lassif, ô impudicques yeulx,
Qui tant courez, et estes tant volages,
C'est bien raison que soyez douloureux,
Puis qu'avez faict vous mesme le message.
Esleu m'avez pour vostre seul plaisir,
Je vous avois pour ma joye choisie,
Mais vous souffrez un tiers m'en dessaisir,
Et triumphez de ma proye ravie,
Ce non obstant il ne me prent envie,
Soit perte ou gain, d'estre de rien moins vostre,
Car j'ayme mieulx estre toute ma vie,
Vostre en langueur qu'en plaisir à un aultre.
Tant de beaulté n'a elle pas,
Au moins pour en faire une helaine:
Mais ha dont l'on faict plus grand cas,
Et si n'en est point plus haultaine,
Elle est doulce, elle est humaine,
Elle_ha tant bons partis en soy,
Brief m'amye ha je ne sçay quoy,
Que je ne cognois en nul aultre,
Dont chascun se met en esmoy,
Pour luy dire que je sois vostre.
Las je ne sçay de quel nom te nommer,
Le nom d'amy, ne seroit veritable,
Car je voy bien, que ne veulx plus aymer,
Celle qui tant t'a esté aggeable.
Helas mon Dieu, fault il que variable
Tu sois nommé, au lieu du nom d'amy,
Ou qu'a present je t'appelle_ennemy,
O noms fascheux, et plus que ne puis dire,
Las je ne puis les nommer qu'a demy,
Le seul penser, me fera mourir d'ire.
De ceans jusques chez m'amye,
Bien sçay combien ya de pas,
Cent fois les ay faictz en ma vie :
Mais oncques jours je n'en fuz las,
Pleuve, vente, il ne m'en chault pas,
En tout temps la voye m'est belle,
Et vole comme une arrondelle.
Au moins mon Dieu ne m'abandonne point,
Puisque je suis tombé dans le malheur.
D'adversité, qui tant me picque, et point,
Que je n'ay plus ne force, ne valeur
Mon cœur est mort, mon corps est sans couleur,
Et de salut mon ame_est destournée,
Pour m'eslever de tant griefve douleur,
Helas mon Dieu ton ire soit tournée.
Si je n'avois de fermeté,
Non plus que j'ay de bonne grace,
Vostre heur seroit mal arresté,
Car d'aymer bien tost serois lasse,
Mais ne fault point que doubte en face
Amy perfaict, plus que les dieux,
Que nostre_amour par moy se passe,
Dont nous serons plus contentz qu'eulx.
D'un seul soleil vient toute ma lumiere,
Et sans ses rays elle ne se peult voir,
Et touteffois sa clerté toute entiere,
M'offusque, et faict ma lueur disparoir,
Car luy present ne puis rien apparoir :
Mais au contraire aussi tost qu'il s'absente,
Mon teinct ternist, et ma face excellente
Font eclipser, dueil, et obscurité,
Que fauldroit il, pour me rendre contente,
Que son cler ciel feust de moy habité.
Ce disoit une jeune dame,
A un viellard vous my faschez,
Et vous tuez le corps, et l'ame,
Pour neant à ce que taschez,
Allez faire_ailleurs vos marchez,
Mal vous siet ceste mignotise,
Quand est de moy je suis promise,
Pas ny voyez cler à demi,
Ja ni leveray ma chemise,
Cela se garde pour l'amy.
Ceste amour est par nous, et faict unie,
Et pense qu'un chascun tel parti loue,
Quand l'amy dict de bien bon gré t'advoue
De luy qu'assez il ha d'une à la vie.
Que vous donnez, et que je prenne,
Du plaisir d'amour recompense,
Plus de merveille ne vous vienne,
Amour de ce faire dispense,
Bonne est la besongne je pense,
Pourtant en faire si grand compte:
Mais comment vous n'avez point honte,
Cerchant à donner, ou prester,
Ce qu'un aultre qui vous surmonte
En beaulté, veulx bien acheter.
Las, que me sert ce riz tant gratieux,
Et le baiser, sans le don de mercy ?
Puisque n’ay poinct le jeu delicieux,
Cela ne faict que me donner soucy.
J’aimerois mieulx qu’on me dist : Fuiz d’icy !
Puisque je n’ay le don de jouissance,
Car je ne puis me contenter ainsi,
Rire et baiser, c’est peu de récompense.
Si à te voir, n'ay osé entre prendre,
Ne m'en vueilles (amy) imputer vice,
L'honneur se faict si trescherement vendre,
Que d'un chascun fault craindre la malice.
Mesme de ceulx de qui on a service,
Car ilz se font plus craindre qu'estimer,
Mais si un jour sans eulx voir je te puisse,
Tu cognoistras combien te veulx aymer.
J'ay d'un costé l'honneur tant estimé,
Devant les yeulx, lequel je veulx avoir,
J'ay d'aultre part un amy tant aymé,
Dedans mon cœur, que je n'ay le pouvoir
De l'en oster, et si ne les puis voir
Tous deux en moy. Dont fort je me tourmente,
Las je ne sçay duquel me rendre absente,
Car l'un m'est doulx, et si pres de mon cœur,
L'aultre un chascun si tresfort il contente,
Il sera le vainqueur.
Mort, et amour un jour se rencontrerent,
Dans un logis sinistre, et malheureux,
Sans y penser leur traict entrechangerent,
Dont la mort fit maintz viellardz amoureux,
Amour aussi par ce sert douloureux,
Du traict d'amour ses amantz attrappa,
Voilla pourquoy si triste et langoureux,
Je meurs du traict dont amour me frappa.
Frere frappart troussé, comme il fauldroit,
Une nonnain trouva qui y alloit,
Il la vous print luy disant ma mignonne,
Venoit des champs, et faisait bonne trogne,
Ferons nous pas vous et moy la besongne,
Allons, à part pour remuer la fesse,
Et si quelqu'un sus le faict nous empongne
M'excuseray, disant je vous confesse.
J'ay veu, j'ay veu que j'estois serviteur,
Maintenant ne le veulx plus estre.
Et si ne me sentz pas peu d'heur,
Que d'estre_hors des mains d'un tel maistre,
Amour tu sçeuz mal recognaistre,
Mes labeurs, dont ma plainte est vaine,
Pour tout loyer m'as rendu peine,
Et puis te dis Dieu gratieux,
Si m'as jamais soubz ton domaine,
Je veulx qu'on me creve les yeulx,
Elle s'en va dont tant triste demeure,
Qu'a mon ennuy n'ay moyen de pourvoir,
Qu'elle partie, aussi tost je ne meure,
Sans un espoir de bien tost la revoir.
Helas amy quen ta longue demeure,
M'est ennuyeuse, et forte à supporter,
Car sans te voir un seul jour, un quart d'heure,
Me sont tant longs, que ne les puis compter,
Et ny a nul qui peult reconforter
Mon povre cœur qui si fort se lamente,
N'ayant plaisir qu'à se desconforter,
Tant que seray de toy (amy) absente.
Desia quaquette l'arondelle,
Sus sus debout c'est trop dormi,
C'est trop tard dormi pour l'amy,
Qui comme j'ay maistresse ha belle,
Folastre oiseau tire de l'æle,
Sois luy prognosticque en amour,
Par ton plaisant chant en l'oreille,
Criant reveille toy,
L'amy voirras au poinct du jour.
Ce qui pour moy en ce monde fus mis,
Ne doibt il pas à moy du tout se dire?
Doibt il prester l'oreille_aux ennemis,
Qui à mon bien sont prest de contre dire?
Non m'amye, il ne s'en fault que rire,
Ce sont jaloux dont ne te doibt chaloir,
Leur veulx tu bien servir de grand martyre,
Ayme tousjours ne change ton vouloir.
J'ay tant souffert, pour un plaisir avoir
En esperant que j'eusse recompense,
Helas amour ce n'est poinct ce qu'on pense,
Refusé suis en faisant mon debvoir.
Amour et mort ont faict une alliance,
En conspirant mon total detriment:
Amour me met hors de toute_esperance,
Et mort me veult alleger asprement:
Mais si je puis inventer seulement
L'art et moyen, de cest amour confondre,
Je me tiendray, alors si seurement,
Que je pourray à toute mort respondre.
Pleust or à Dieu, pour finer mes malheurs,
Que je vous fuisse_à mon commandement
Ou pour le moins, que voz grandes valeurs,
Ne feussent point en mon entendement
Car voz beaux yeulx me plaisent tellement,
Et vostre amour, me semble tant heureuse,
Que je languis ainsi voyla comment,
Ce que me plaist, m'est chose douloureuse.
Cent mille fois estant dedans ma couche,
Seule sans vous, et de mon mary veusve,
J’ay souhaitté ceste tant doulce bouche
(De vous amy) qui souvent a faict prouve
De nostre amour, qui a aultre ne trouve,
Estre semblable, en cas d’honnesteté,
Car si couchez ensemble on nous decouvre,
Ja pour cela ne perdrois chasteté.
Je ne cognois femme en ceste contrée,
Que comme moy ayt tant de passion,
Car je me sentz d'amour si fort oultrée,
Que n'ay pouvoir d'en faire fiction :
Bien je vouldrois avoir l'invention,
Garder les gens de notre amour mesdire :
Mais je ne puis sans vouloir contredire
A mon amy, qui m'ayme si tresfort,
Que quand il est un jour sans me voir rire,
De huict apres ne prend nul reconfort.
Faisons le dire mensonger,
Que tout soubz le ciel doibt changer,
Montrant par l'effect qu'on voirra,
Que point nostre amour changera.
Si l'amytié n'est que conjonction,
De deux moytiez, qui se suivent ensemble,
Et l'adieu, n'est que separation,
Qui ce plaisant lacq d'amour desasemble:
Las y a il, qui plus estrange semble,
A deux amantz, qui ce fascheux adieu?
Ennuyeux mot qui tout plaisir nous semble,
Et sans lequel serions esgaulx à Dieu.
Si je cuidois (pour gemir et complaindre)
Faire eschauffer sa froide affection,
On me voirroit pleurer, crier, et plaindre,
Pour alleger ma triste affliction :
Tant plus je plains, plus croist ma passion :
Tant plus la prie (à m'aymer) moins s'enflamme :
O cas estrange, et de compassion,
Que tant plus froide elle est, plus croist ma flamme.
Je ne suis pas si sot berger,
Si vous tenois à mon coucher,
Que ne vous fisses despouiller
Cotte, et chemise,
Et puis mon flageolet auriez
A votre guise.
A ce matin d'un beau bouquet de rose,
Celle qui a mon coeur m'a faict present,
Le me donnant de sa bouche desclose,
Si m'a faict part d'un baiser tant plaisant,
Que tost apres le departir pensant
Prendre l'odeur, de ce bouquet donné,
Bien je le voy de belles fleurs orné :
Mais ne sentoit rose, ny marjoulaine,
Ja ne falloit, que j'en fusse estonné,
Plustost est soif l'odeur de son haleine.
Je suis honteux, et n'ose descouvrir
La bonne amour, que j'ay envers m'amye,
Si une fois je la puis recouvrir,
A mon secret, seule sans compagnye,
Je luy diray dame trop il m'ennuye
De vostre coeur, que n'en sçay la pensée :
Accollez moy doulcement je vous prie,
Et dictes moy si vous plaist la journée.
Las, si Amour nouveau conseil n’apporte,
En brief seray contrainct changer ma vie,
Tant ay de peur et sur moy peult envie,
Qu'en desir vis, et l'esperance est morte.
Si Salamandre en flamme vit, c'est peu,
Merveilles n'ay des oeuvres de nature,
Celle qui est de glace, et moy de feu,
Au droict milieu de mon coeur vit, et dure,
Qui la defend en un si ardant lieu ?
Fondre debvroit, et si devient plus dure :
Amour le faict de nature adversaire,
Qu'en despit d'elle vit, ce qu'est contraire.
Mais dont vient, que vous damoyselles ?
Avez si tost, tout morfondu,
Et si l'esté vous estes belles ?
L'hyvert est votre tainct perdu :
Voyez m'amye a defendu
Le sien contre le froid, et dure
Tout aussi beau, qu'une paincture,
Et pourquoy, dire le vous fault,
Son feu surmonte la froidure,
Le vostre n'est pas assez chault.
Amour du cœur vient et prend sa naissance,
Et au cœur fait son habitation,
Aussi telle est entre deux l’accointance
Que jamais n’ont de séparation. ;
Amour avoir du cœur fruiction
Entier requiert, le cœur aussi prend garde
A un amour, lequel contente, et garde
Que, si le cœur deux amours prendre veult,
Ou il est fainct, ou au droit ne regarde,
Car un seul cœur à deux servir ne peult
Amour, et moy avons faict accoinctance,
En pourchassant la mienne affection,
Et bon espoir me donne intention
De pourchasser, et vivre en esperance,
Pour parvenir à consolation,
Si je voy cler, mes yeulx sont sans doubtance,
Et demeurons en paix et union,
[Amour, et moy.]
Tant plus sur toy sont arrestez mes yeulz,
Tans plus ta grace en beaulté renouvelle,
Et me souvient du blond soleil des cieulx,
Dont la lueur par le monde estincelle:
Ce loz haultain, dessoubz ton nom se celle,
Qui à ton estre un tel bien recouvra,
Qu'en te voyant par nature si belle,
Tu peulx bien dire, heur gratuy mourra.
Las, si tu as plaisir en mon ennuy,
Et que mon mal te soit contentement,
N'attendz point plus : mais faictz des aujourdhuy
Ce, que voirras alleger mon tourment,
Si je te voy devenir tant d'aymant
Que n'ayes plus souvenance de moy
(Qu'as tant aymé) prendray patienment,
Mort me sera doulce venant de toy.
Chasse rigueur loing de toy, qui es belle,
Bien n'est seant avec une beaulté,
Qui est en toy loger compaigne telle,
Beaulté n'a rien commun à cruaulté,
Doulceur promect, et non austerité,
C'est oeil tant doulx, il te dict pitoyable,
A ton visage est pitié convenable,
Or fault il donc (ou que faincte on te die)
Changer ce port, et grace tant aymable,
Ou que rigueur par toy soit adoulcie.
Au joli bocquet
Croist la violette,
Je vis hier Jacquet
Dire à Michelette,
Faisons un banquet,
Sur ce verd tronquet :
Lors de sa malette,
Belle, et joliette,
Tira un pacquet :
Voire dict la fillette,
Au joli bocquet
Croist la violette.
Amour voyant le travail soucieux,
Que je souffrois par ta seule presence,
Meu de pitié, m'a mis loing de tes yeulx,
Cuidant mon mal appaiser d'une absence.
O quel abus ? c'est lors que plus s'advance
Ma grand douleur, et empire à la mort,
Que feray donc ? absent je meurs sans ce
Qui pres de moy, me mectz à desconfort.
L’aveuglé Dieu, qui par tout vole nud,
A laissé l’arc, et les fleches aussi,
Voyant par la qu’il estoit trop cogneu,
Et que chascun le fuyoit trop ainsi,
Et en a pris la corde sans mercy,
Dont il a faict, et tendu du unze,
Plus dangereux, et plus mortel (helas)
Que n’estoit point la fleche plus mortelle
Une le sçayt, qui mon cœur foible, et las
Retient lié de sa main docte, et belle.
Si j’estois mariée à mon amy,
Qui tant m’a desirée,
Aussi moy luy,
Toute la nuict
Me tiendroit embrassée,
Me disant sa pensée,
Et moy la mienne aussi.
Dame excellente, en vertu bien apprise,
Remplie d'honneur, et de parfaicte grace,
Ta grand beaulté, d'un chascun tant requise,
Me faict aymer ta gratieuse face,
Et ton maintien, qui tout aultre oultre passe,
Tient le mien coeur en amoureuse vie,
En esperant devant que je trespasse,
Avoir de toy ma pensée assouvie.
Ayant servi soubz faveur de l’attente,
Et pour finir mon heure selon le temps,
Rendue c’est celle qui tres contente
De mon labeur, m’a mis ou je pretendz.
O Cruaulté logée en grand beaulté,
O grand beaulté, qui logez cruaulté,
Quand ma douleur jamais ne sentiras,
Au moins un jour pense en ma loyaulté,
Ingrate alors peult estre te diras.
En ce verd moys temps opportun,
Pour prendre plaisir je vouldroye,
Tenir nue à nud, une à un,
M’amye dessoubz la couldroye,
La à gogo la serviroye,
De quel mectz mot, ny en quel nombre :
Mais beau luyre auroit le soleil,
S’elle trouvoit bon mon conseil,
Si je ne la mettois à l’umbre.
Mon povre coeur, qui sans aulcun repos,
Pour un penser incessamment souspire,
Ne veult changer touteffois de propos
Du souvenir, ou tousjours il aspire,
O doulx amour, qui cause mon martyre,
Ne me veulx tu aultrement dispenser,
Considerant, que mon coeur le desire,
Car plus il pense, et plus il veult penser.
C'est a grand tort qu'on dict que le penser,
N'est que langueur d'une chose incertaine,
Car je soustiens, qu'il ne peult offenser,
Celle, qui est de loyal penser pleine,
O doulx penser, qui cause à aultruy peine,
Et à mon coeur perfaict contentement,
Octroyez moy quelque joye certaine,
De ce penser, que j'ay incessamment.
Ne vous faschez si me voyez jaloux,
C'est d'amitié, que vient la jalouzie,
Assez sçavez que je suis tout à vous,
Et de ma part en vous moins ne me fie :
Mais par ma foy hors de ma fantasie
Ne peult sortir ce, que je vous vois dire,
Qu'on puisse aymer, et des jaloux se rire,
Et veulx mourir en soustenant ce poinct,
Un tel n'est point subject à ce martyre,
Je concludz donc, par la qu'il n'ayme point.
Rien plus ne quiers, madame me contente,
Content je suis du bien qu'ay rencontray,
Au monde n'a rien tant beau, qui me tente,
Rien ne m'est beau aupres du beau que j'ay,
Et si y a un bien que vous diray,
Car je n'ay peur (quelque chose qu'on face)
Qu'aultre que moy, vers elle trouve grace.
De plus aymer, sy j'en quicte les armes,
Dieu me doit grace estre ailleurs plus heureux:
J'y ai conquis pour tout souspirs et larmes,
Dont me cognois par sus tous malheureux.
Plaignez, aumoins dames, ce langoureux,
Qui pour avoir bien servi sa maistresse,
Use ses jours en douleur et tristesse.
Et vray Dieu que l'on sera aise,
Mais qu'on me voye à Paris:
Mais que m'amye me baise,
Et vray Dieu que l'on sera aise.
Dieu gard ma rose, ma fraise
Quelle caresse quel ris ?
Et vray Dieu que l'on sera aise,
Mais qu'on me voye à, Paris.
Un soir bien tard Guillot trouva Jannette,
Qui espluchoit des pulces en sa chemise,
Si la regarde, et par bonne sornette
Luy dict bon soir, et Jannette l'advise:
Tout chauldement sus elle à la main mise,
Si rudement qui la fit reculer,
Et acculer, et puis de la culer,
En luy disant rendez moy mon sac,
Grinssant les dents c'est prinse à heurler,
Poulse Guillot le bon est au bissac.
Quand un bon Pere assiste en sa maison,
Et la gouverne en prudence et sagesse,
Tout en vault mieux, tout ce fait par raison,
Et sa famille à bien faire s'addresse.
Le bien s'accroist, l'heritage et richesse,
Voila de quoy est cause la presence:
Le bon cheval, se nourrit et s'en gresse
De l'oeil songneux, du maistre qui le pense.
Voicy le printemps qui rid,
Et de retour l'Arondelle,
Qui desja construit son nid,
Au jeu d'amour nous appelle,
Tout male avec sa femelle
S'assemble ceste saison:
Toy pourtant si tu es belle,
Moins n'es subjecte à raison.
Ma petite colombelle,
Ma petite toute belle,
Mon petit oeil baisez moy,
D'un baiser qui longtemps dure,
Poulsés hors la peine dure
De mon amoureux esmoy.
Quand je vous diray mignone,
Sus venez que l'on me done
Neuf baisers tout simplement:
Donez m'en trois seullement.
Helas amy, veu que ne te puis voir,
Fault qu'un adieu par escript je t'envoy
Adieu amy, adieu jusqu'au revoir,
Ce seul adieu oste toute ma joye.
Si te supply de tost te mettre en voye,
Pour venir voir celle à qui tant ennuye,
Qui ne pourra, sinon que te revoye,
Gueres languir, que ne perde la vie.
Femme, qui honneur veult avoir,
Ne doibt point estre divulguée:
De sa langue soing doibt avoir,
Afin, de n'estre mesprisée:
Ne faire tant par son sçavoir,
Qu'elle soit du monde chassée.
Mon coeur eslit pour soy la marguerite,
A mon advis ne sçaurois mieulx choisir
Rose, ne fleur: dont si la puis saisir,
Garder la veulx: car elle le merite.
J'ay bien servi oncques ne feis offense,
Amour le sçait, et seul je l'en fay juge:
Ou que son feu prenant de moy vengeance,
Comme arbre sec, en cendre me deluge,
Et m'en rapporte à ton coeur, qui te juge,
Si c'est raison doncques ainsi traiter
L'aymant, qui n'a desir qu'a contenter.
Amye, helas! pour devoir que je face,
Si je ne puis vers toy gaigner ce point,
Que comme amy en ton coeur j'aye place,
Comme ennemy aumoins ne me hays point.
Ventz hardis et legiers,
Soyez moy messagiers,
Portez ou est m'amye,
De ce cornet le son,
Elle trouvera bon,
Par sus toute harmonie.
Que cela signifie
A elle mon retour. Tron.
Dictes luy que ma trompe,
Son desir point ne trompe,
Et qu'y seray ce jour.
Resvé-je point, Dieu, est-ce point un songe ?
Dont tant de fois, vous m'avez amusé ?
Las est-ce point une fable ou mensonge
Dont mon desir m'ait ainsi abusé?
Non, il est vray: mais si suis-je excusé:
Car qui auroit le quart de la fortune,
Qui je me sentz, pour du tout estre à une,
Et d'elle voir mon service estimer,
Homme ne sçay, tant brave soubz la Lune,
Qui ne doubtast de soy trop presumer.
Jeunes espritz, qui ne sçavez comprendre,
Comment il faut gaigner le jeu d'aymer,
Le jeu de paulme à tous vous peult apprendre,
Qu'amour se doibt pour l'esteuf estimer.
Le premier coup que quinze on veult nommer,
C'est le devis, au baiser c'est le trente :
Puis au toucher du tetin à la fente,
Quarante cinq peult compter l'amoureux:
Mais pour gaigner le jeu, qui tant contente,
Il fault frapper tout droit à l'entredeux.
Je vois, je viens, je me pourmene,
Je fais pour l'amour mille pas:
Celuy qui ayme n'est sans peine,
J'en ferois bien un livre, helas!
La nuict une heure ne dure pas,
Pour la pulce qu'ay en l'oreille,
Qui pour mon repos quand suis las,
Des fois cent au lict me resveille.
Hommes expers vous dictes par sçience,
Que Diane est en baisant beaucoup pire.
Que n'est la Mort: mais par experience,
De ce vous veulx, et vous puis contre dire.
Car quand sa bouche en la mienne souspire,
Toute vigueur dedans mon cœur s'assemble.
Vous resvez donc: ou certe il vous fault dire,
Qu'en baisant mourir vivre me semble.
Ce petit Dieu, qui vole,
Qui met les cœurs ensemble.
Ce petit Dieu, qui vole,
Estce cyment, ou cole?
Dont ainsi les assemble?
Pour dire qu'il m'ensemble,
Aultre dard ne luy fault,
Ne feu qui soit plus chault,
Qu'un regard de m'amye:
Car il part de ses yeulx
Soleil tant gratieux,
Que Dieux, et hommes lye.
Ce may nous dit la verdure,
Et en leur chant ces oyseaux,
Que de chagrin n'ayons cure.
O dieu tant ces prez sont beaux!
Qu'aurions de plaisirs nouveaux,
Si ainsi, que je souhaitte,
Je l'y tenoye seulette?
Du moins toute descouverte
De coqu et violette,
Elle auroit la cotte verte,
Et si en ce voyant nuë
Crioit, je suis morfonduë,
Aussi tost seroit converte.
De ta bouche tant vermeille,
Sans pareille,
Donne moy en bonne estreine,
Non point un baiser glissant:
Mais un qui en dure cent
D'une haleine.
Dieu te gard bergiere, gardant tes moutons,
Ta belle maniere m'amour je te don.
Ne l'as tu point veu mon oyseau sauvage,
Depuis le matin il est au rivage,
Mon oyseau sauvage, mon joli faulcon don
Qui prent la becasse, connin de saison, et don.
Puis que la mort, par mort m'a faict oultrage,
Ne voyant point ma perte, et mon dommage,
Que puis - je plus en ce monde esperer?
Que par la mort en mourrant desirer,
Vivre en repos, et m'oster de servage.
En contemplant vostre divinité,
Vostre doulceur, et grand' beaulté extreme,
Je crains qu'amour, luy mesme ne vous ayme:
Vous estant trop pour nostre humanité.
Avec les plus beaulx yeulx,
Et les plus beaulx cheveux,
Que fit jamais nature,
Amour a bien pris cure
De mon cœur allumer,
Et mes membres lier.
Cela sera la cause
Que pour Dieu la tiendray,
Et dessus toute chose,
Tousjours l'adoreray:
Car de noz amoureux
M'a faict le plus heureux.
Di moy ma sœur, à qui sont ces doulx yeulx ?
A vous amy bien que soit peu de chose,
Et ce col blanc, et tetin precieux,
Et ceste bouche aussi vive que rose?
Il sont à vous, c'est vous qui en dispose,
Et tout le reste est vostre comme mien:
Nous sommes donc tous deux sur nostre bien:
Embrassez moy ça m'amour qu'on me baise,
Approchez vous amy, car je sentz bien
Que je me meurs (helas) de trop grand aise.
Je sentz enmoy une flamme nouvelle,
Qui me penetre au plus, au plus profond des oz,
Qui comme Ethna, jour, et nuict estincelle:
Jurer je puis qu'onques n'en vis la telle,
Et à me plaindre il n'y auroit propos,
En mon travail je cherche mon repos,
Comme Salmandre en mon feu ayant aise:
Mais si tu veulx que mon tourment s'appaise,
Prenant pitié de me voir en martyre:
Seule le peulx: mon heur, et mon mesaise
Sont en tes mains, et n'y puis contredire.
Dames plorez vous point
Pour le departement
De ceulx qu'amour a joinct
Inseparablement.
Nulle son mal ne cele
Soubz pensée couverte:
Mais souspire, et revele
En regrettant sa perte.
Je me repute bien heureux
Sçachant que suis aymé de celle,
Qui sert de soleil à mes yeulx,
Et au cœur de vive estincelle:
Elle m'a chosi pour son mieulx,
Aussi suisje du tout à elle.
Oncques amour ne fut sans grand langueur,
Langueur ne fut jamais sans esperance,
Voila le poinct, ou gist tout le malheur,
Qu'on voit souvent espoir sans jouissance.
Amour vainc tout c'est chose tres certaine
Brief tout luy sert ô puissance haultaine!
Car son pouvoir est en terre, et aux cieulx,
Tu as vaincu les hommes, et les Dieux.
Tu es sur tout prince victorieux,
Tous animaux de ta darde tu poings,
Mars, et Paris en sont loyaux tesmoings,
Car ils ont eu de tes dards cognoissance,
Ha fort amour tu te prens bien à moins,
Car j'ay senti moymesme ta puissance.
Le cruel Mars, rebelle, et rigoureux,
Alors qu'il veid de Venus la beauté,
N'eut point d'esgard à sa desloyauté:
Ains tout soudain en devint amoureux.
Beauté,adonc, eut pouvoir rigoureux,
Changeant rigueur, en douce privauté:
Mais mon amy induit à cruauté,
Ne faisant cas de mon mal langoureux.
Las qui me meut faire apres luy poursuite!
Veu que tousjours s'exscuse ou prend la fuite,
Quand je luy dy qu'il me doit secourir?
O fort Amour! estrange est ta nature,
Tu me contrains aymer la creature,
Qui n'ayme point, dont je suis au mourir.
Flambeau du ciel, dont l’ardeur excessive,
Rend à mon corps ce pasle, et blesme teint,
Allume un feu d’estincelle plus vive,
Navrant le cueur par qui tu m’as attaint.
Ce cueur je dy, qui te couvre, et esteint,
O feu divin ! dessous face doulente,
Jectant les traictz de flamme violente,
Secretement en mille, et mille lieux,
Elle entend bien que ce mal me tourmente
Mais le faignant ne m’en peult estre mieux.
Amour longtemps m'a tenu en ses lacs,
Sans me donner un seul point d'allegeance,
Mais maintenant de tant aymer suis las,
Je quitte Amour et toute sa puissance.
Ceulx à qui plaist languir en esperance,
Tant qu'il vouldront souffrent douleur, et peine,
Quant est de moy, je vouldrois recompense,
Fy du travail, qui son plaisir ne meine.
Si l'on donnoit à l'aymant jouissance,
Incontinent qu'il en seroit requeste,
Il n'auroit plus à sa dame fiance,
Craignant qu'ailleurs elle en feust autant preste.
Mais quand on voit que son vouloir honneste,
Sans se fascher en un même lieu dure,
Il a la proie, apres longue conqueste,
Pour parvenir il fault que l'on endure.
Vostre beauté qu'un chascun voit florir,
De jour en jour, à vous aymer m'incite,
En vous aymant je suis prest de mourir,
Bien que rigueur à mes desirs resiste :
Plus à voz voeus d'obeir je persiste,
Moins son service obeissant vous mord,
Làs par pitié faictes que ressussite
Votre servant, desja à demy mort.
Tant vertueux est l'amour de ma dame,
Louer l’en fault, elle l’a mérité,
Qu’elle ne craint de personne le blasme,
S’on dist qu’en moy son cueur est arresté.
Car elle m’ayme en telle honnesteté,
Et elle moy, que de vous envieux
Point ne craignons la langue ni les yeux ;
Car que nous chault que nostre amour on sache ?
A qui faict mal, le jour est ennuyeux,
Qui mal ne faict, ne fault point qu’il se cache.
Guerissés moy du mal que mon cueur porte,
Puisque chascun tous les jours me rapporte,
Que tant je suis en vostre male grace,
Car s'ainsi est, la mort tost me defface,
Puisqu'autrement je n'ay qui me conforte.
Plus je desire oublier sa presence,
Plus de la voir j'ay grande affection,
Et la voyant d'elle cerche l'absence,
Fuiant le bien, dont quiers possession.
O chaste Amour, qui sçais l'occasion,
De ce depart, mets fin à mon martyre,
Ou fais au moins, s'elle a intention
De m'oublier, qu'a mon desir aspire.
Mort, et Amour donnerent pris contraire
A deux aimans qu'eustes par cy devant,
Mort ravit l'un pour aux maux le soutraire,
Amour donna vostre ymage au vivant.
Or moy troiziesme, et nouveau poursuivant,
Que doije plus, ou que puisje esperer?
Si tels aimans n'ont sçeu mieux prosperer,
Dont le plus cher n'eust qu'une pourtraicture,
J'aime mieux mort, comme l'autre endurer,
Que vous avoir seulement en paincture.
Ou est Amour que je pensois durable,
Et le plaisir plus estrainct que coustume ?
Ou est le feu de nostre amour louable,
Le tien se meurt, le mien plus fort s'allume.
Mais en espoir plus legier que la plume,
Sentant amour, ne se peult pas tenir,
Or voy-je bien dont que je meurs d'amertume,
Ce que plus je craignois m'advenir.
Si Dieu vouloit que je feusse Arrondelle,
Comme progné devint une journée,
Dedans la chambre, ou dort ma damoyselle,
Ferois mon nid hault en la cheminée,
Et tous les jours de la fresche matinée,
Des que verrois le mari n'y est pas,
Je vollerois incontinent à bas,
Pour me coucher dedans le lict près d'elle.
Puis aussi tost qu'il entreroit un pas,
Et de fuir en son nid l'Arrondelle.
Pleust à Dieu que feusse Arrondelle,
O le grand plaisir que j'aurois,
Et voller aussi fort comme elle,
Bien loing d'ici tost je serois,
Vers mon amy je m'en irois,
Feust il au plus hault d'une tour,
Et en le baisant luy dirois
Voicy l'Arronde de retour.
Amour un jour me voyant langoureux,
Pour le tourment qu'une me presentoit,
Me dit amy, ton mal trop rigoureux
N'est plus si grand comme devant estoit.
Sçais tu pourquoy, car ce qui te tentoit,
Je l'ay transmis à ta dame cruelle,
Et le plaisir que pour ton mal sentoit,
Je t'ay donné pour la cruaulté d'elle.
Au departir je vous laisse pour gaige,
Mon cueur, au lieu du vostre que j'emporte,
Traictés le bien, car en peu de langaige,
Je traicteray le vostre de la sorte.
D'amour me plains, et non de vous m'amye,
Que si long temps j'ay requis sans avoir,
Mais si voulés estre mon ennemye,
Vous confondrés mon dire, et mon sçavoir.
Vous seulle avés, ceste estime, et pouvoir,
Ou autrement ne sçay que faire, et dire:
Abaissés donc ce rigoureux vouloir,
Et me donnés le bien que je desire.
Je m'asseurois que ce petit archier,
Prenant pitié d'une simple jeunesse,
N'eust point voulu contre moy deslacher
Son traict cruel (las, las) qui tousjours me blesse,
Mais trompé suis, car par sa grand' finesse,
Je sents qui gaigne un tel pouvoir sur moy,
Que contrainct suis de servir ta noblesse,
Et n'aymer rien, fors seulement, que toy.
Si mon amour ne vous peult resjouir,
Mettant pour vous le mien corps, et avoir,
Dittes amy cessés vostre debvoir,
De trop aymer ne vient que desplaisir.
L'ardant amour souvent me veult contraindre
A declarer ma griefve passion, ma griefve passion,
Mais dur refus, par raison tant à craindre,
M'a destourné de mon intention de mon intention.
Et en n'osant monstrer l'affection,
Qui pour aymer, nuict, et jour me tourmente,
Il me fauldra, pour resolution,
Taire, et souffrir ma douleur vehemente.
Taire, et souffrir ma douleur vehemente,
Qu'en languissant me convient endurer,
Fait que l'ardeur si grandement s'augmente,
Que je ne puis pour moy rien esperer.
Mais cognoissant qu'ainsi ne puis durer,
Un bien y a en mon malheur, me semble,
C'est que par mort je pourray terminer
Tout le malheur, et ma douleur ensemble.
Si le changer vous trouvés aggreable,
Pensant avoir d'ailleurs plus de plaisir,
Ne craignés point vous rendre variable,
Ne pour cela me faire desplaisir,
Mais laissés moy lamenter à loisir,
Mon mal yssu d'angoisseuse poincture,
Tel en amour s'efforce de choisir,
Qui bien souvent en a pire adventure.
L'Yver sera et l'Esté variable:
Mais mon desir jamais ne varira,
Le beau Printemps, et l'Automne muable,
Mais mon vouloir jamais ne changera:
Car mon Amour tousjours continuera
Et sera ferme en son cours arresté:
Tant que suyvant l'un l'autre l'on voirra,
Automne, Yver, le Printemps et l'Esté.
Rien ne voy beau, qui ne me represente,
Le mien amy tant beau et gracieux.
Rien ne me plaist quand de luy suis absente,
Tout passetemps (sans luy) m’est odieux.
Plus j'aymerois un seul traict de ses yeux,
Que posseder du monde tout l'avoir,
Et ne voudrois être Royne des Cieux,
Pourveu qu'icy à moy le puisse avoir.
Souvent Amour ne sçay pourquoy,
Me veut estranger de m'amye,
Bien on m'a dit, et si le croy
Qu'il a de l'aymer grand’ envie.
Je n'auray point de jalouzie,
Si pour elle je vois mourant.
J'en ay passé ma fantaisie,
Il n'aura que mon demeurant.
Tout ce qu'on peut en elle voir,
N'est que douceur, et amytié,
Beauté, bonté, et un vouloir
Tout plein d'amoureuse pitié:
Mais je n'en suis edifié
De rien mieux, car le regard d'elle,
Me met en une peine telle,
Que ne la puis dire à moytié.
Si ne la voy, je me lamente,
Quand je la voy, je me tourmente.
Le doux n'est jamais sans l'amer.
Voilà que c'est de trop aymer.
Mon père my marye,
Tout à sa fantaisie,
A un vieillard bon homme,
Vilain jaloux.
Il a bruslé la hotte,
Bretelles, et tout.
J'auray (je vous affie)
Un amy à ma guise,
Si ferons le bon homme,
Coqu du tout.
Il a bruslé la hotte,
Bretelles et tout.
Quand l'amytié longuement s'entretient,
C'est une preuve et certain tesmoignage.
Que tout son cueur de bonne source vient,
Et que l’honneur a tousjours l’avantage.
Craindre ne faut qu'un autre amour volage
Puisse troubler leur grand contentement,
Il est conduit de main si seure et saige,
Qui durera perpetuellement.
Pour l'un des baisers jolis,
Qu'a cent m'amye me donne,
Lors que ses tetins polis,
En blancheur passent le Lis,
A moy du tout abandonne.
Ya il dieu, ny personne,
Qui n'abandonnast les cieux ?
Et au moindre de mon heur,
Ne les changeast de bon cueur,
Et trop plus s'il avait mieux.
Helas ma sœur m’amye j’en mourrois,
Disoit Alix qu’on vouloit marier,
Du premier coup vaincuë demourrois,
Rien n’en feray ma mere a beau crier,
Ha dit sa sœur, Alix ne te courrouce,
Et de cela ne prens aucun esmoy,
Car si tu veux que j’ayde à la recousse,
Les premiers coups j’endureray pour toy.
S'il est ainsi qu'ailleurs vous pretendés,
Pour mon Amour de la vostre distraire,
Je ne sçay pas comment vous l'entendés:
Mal aisé est à deux aymans complaire.
Sçais tu pas bien que je suis ta maistresse,
Pourquoy veux tu encore autre servir ?
Sçais tu pas bien que n'ay pris hardiesse,
D’autre servant, service poursuivir ?
Pense que tu ne sçaurois desservir
Tant de travail, que tu veux entreprendre,
Il vaut trop mieux une seule servir,
Qu'en servant deux, mauvais service rendre.
J'ay mis mon cueur en place si très haute,
Que j'ay grand peur de bientolt ma fin voir.
Helas, Amour, toi qui as fait la faute,
Fay mon excuse yssu de bon vouloir,
En récompense de l'amoureux devoir,
Fay tost cesser ma peine qui trop dure,
Et que je puisse par ton moyen avoir
Quelque repos du tourment que j'endure.
Tant seulement ton amour je demande,
En suppliant que ta bonté commande
Au cueur de moy comme à ton serviteur,
Car voluntiers il seroit de ta bande,
S'il te plaisoit luy faire cest honneur.
Tant seulement.
Tant seulement ton repos je désire,
T'advertissant puisqu'il le te faut dire,
Que je ne suis disposé à t'aymer,
Brief tu ne fais qu'augmenter ton martyre,
Et si ne veux serviteur te nommer.
Tant seulement.
Mon Dieu pourquoy n'est-il permis
D'oster son cueur, d'ou on l'a mis,
Aussi bien qu'on luy a peu mettre ?
Faut-il donc toujours,
Que ce Dieu d'amours
En soit le seul maistre.
Pareille au feu de nom, et crauté,
Pareille et plus, que Venus en beauté,
Esteins mon feu, je ne suis Salmandre,
Pour vivre au feu, qui tant m'a tourmenté,
S'il ne te plaist sur moy ta grace estendre.
Helas amy ta loyauté,
Point ne merite cruauté,
Je voudrois bien ton feu esteindre,
Ce que ne puis en verité,
Si n'esteins le mien qui est moindre.
Amour a faict ce qu'il ne peut deffaire
Quand il a fait de nos cueurs union
C'est maintenant à Dieu à le parfaire
En les gardant de séparation.
Si c'est Amour de mourir en soy mesmes,
Pour vivre ailleurs en peine et en souci,
Si c'est Amour de se submettre aux femmes,
Pour s'oublier, et demeurer transi.
Si c'est Amour de vivre en la merci
D'un cueur qui n'a de nul compassion,
Je ne sçeu onc, ne veux sçavoir aussi,
Que c'est Amour, n'y de sa passion.
A vous parler je ne puis mon amy,
Car maintenant je suis en grand souffrance,
Par mesdisans je suis de vous bani,
Un jour viendra que j'en auray vengeance.
Tu m'as, cruel, sans cause delaissée,
Ce que de toy ne puis, n'y voudrois faire,
Mais pour sortir du mal dont suis blessée,
Fin à mes jours mettras par mort amere.
Un regret ay, lequel je ne puis taire,
Que si du temps qu'estois ton amoureuse,
Dieu eust voulu à mourir me complaire,
Oncques ne fut une mort tant heureuse.
Quelqu'un voulant plaisanter un petit,
Disait un jour à une non sotarde,
De vous baiser j'ay un grand appetit,
Mais votre nés (qui est si long) m'égarde.
La dame alors vivement le regarde,
En luy disant (monsieur) pour si peu ne tenés,
Car si cela seulement vous retarde,
J'ay bien pour vous un visaige sans nés.
Madame voulés vous du noir,
Et en revoulés vous du bon.
Du sureluribon, du bon,
Et à noirci de ce bon noir.
Je vous demande en demandant,
Si femme noire a le cul blanc,
Je vous respons (sans aller voir)
Que femme blanche a le cul noir.
Et à noirci du noir,
Et en revoulés vous du bon
du sureluribon
du bon de ce bon noir.
La chamberiere du molinet
Entra un jour au cabinet,
D'un jeune galland sans souci,
Pour avoir du noir à noirci.
Le compagnon prompt,& habille,
Trois fois luy emplit sa coquille
De ce gentil noir à noirci.
Et en revoulés vous de ce bon noir…
L'autr'hier mi cheminoye
Mon chemin à Laval,
Trouvay jeune fillette,
Qui au marché s'en va,
Helas que le bobo m'y fait mal.
La priay d'amourette
Elle si accorda,
La jettay sur l'herbette,
Trois fois luy fis cela.
Helas que le bobo m'y fait mal.
Le petit peton madame,
Le petit pied m'y fait mal.
L'autre jour en ceste ville,
Un gentil homme arriva,
Rencontre une jeune fille,
D'amourettes la pria.
Le petit peton madame,
Le petit pied m'y fait mal.
La galland luy fit la guerre,
Sur l'herbette la jetta,
Pucelle la mist par terre,
Mais grossette la leva.
Le petit peton madame,
Le petit pied m'y fait mal.
Dedans ton cueur est clos le mien transi,
Par ton amour, dont s'il me faut mourir,
Tu en mourras parfaitement aussi,
Car le cueur mort fera le vif pourrir.
Si vous eussiés seulement dit ouy,
J’eusse baisé ceste bouche friande,
Incontinent je m’en fusse fuy,
De peur d’avoir une envie plus grande,
Car sans mentir vostre bouche demande,
Et si semond qu’on soit d’elle amoureux,
Et d’advantaige elle veux, et commande,
En la baisant qu’on desire avoir mieux.
A un Cafart de haute gresse,
Une dame se confessoit ,
Lequel d’une malice expresse,
Assés hautement la tensoit.
Or voyant qu’il se couroussoit,
La dame dit (sans s’effrayer)
Beau pere je veux vous prier
Me despescher ou parler bas,
Car il semble à vous voir crier,
Que j’aye fait quelque grand cas.
Par un matin quelque fille escoutoit,
Un cordelier, qui descrotoit sa mere,
La descrotant si fort la tourmentoit,
Que la fillette en eut pitié amere :
Lors s’escria hola, hola, beau pere,
Que faittes vous ? la voulés vous tuer ?
Làs je vous prie autant qu’on peut prier,
Que pour ce coup vostre ire se deporte,
Car quand j’entends ma mere ainsi crier,
Souffrir voudrois la douleur qu’elle porte.
Elle voulu de moy se separer,
Pour autre aymer, et de moy congé prendre,
Je n’ay voulu pour cela la blasmer,
Sous un espoir que ne devois attendre.
Car je la voy à celuy tousjours tendre,
Me delaissant, et faignant de m’aymer,
Dont dire faut que fol suis d’y pretendre,
Veu qu’à bon droit je m’en puis retirer.
Ne te voyant, je languis tristesse,
Et ne reçoy si non peine, et tourment
En te voyant, je sens telle liesse,
Qu’imposible est que je sois plus content.
Puis donc qu’en toy gist mon contentement,
Le mal aussi qui si fort me tourmente,
Ne choisis pas, par mescontentement,
Que la douleur que j’ay plus fort n’augmente.
Comme au malade en fievre languissant,
L’eau froide un peu sa grand’ ardeur appaise :
Puis tout soudain rend son mal plus puissant,
Ainsi le mien tousjours s’en va croissant.
Quand le corail de ses levres je baise,
L’eau goutte à goutte embrase la fournaise,
Et la peut bien desamortir contraindre,
Si on la jecte à grands flocs sur la braise :
Essaiés donc, pour me rendre à mon aise,
Si par baiser mon feu se peut estaindre.
[I.] Je me plains, et lamente,
Contre tant ennemys,
Qui sans cesse tourmente
C’il, qui s’est du tout mis
Au reng d’un serviteur,
Dont tu es le seigneur.
[II.] Si mon esp’rit desire
Dame de si haut pris,
Ce n’est luy qui aspire
Au lieu qui la surpris :
Mais vous, qui sans effort,
Pouves vaincre le fort.
O Fortune, ô que tu m’es malheureuse,
O que me fais de tourment recevoir,
De m’avoir fait estre si amoureuse
Du plus parfait, dont l’on se peut pourvoir.
Je dis tourment, car je ne le puis voir,
Quand je le veux, ô Fortune ennemye !
Ou sont les biens que nous soulions avoir,
Au temps premier de nostre heureuse vie.
Sus, sus, sus, qu’on la reveille
La bouteille,
Il n’est pas temps qu’on sommeille,
Et boire il faut.
Je voudrois qu’il m’eust cousté
Ma robe et mon chapperon,
Et que j’eusse rencontré
Quelque gentil compaignon,
Qui voulust vendanger ma treille,
Sans corbeille
Je burois à luy de haut
D’un plain saut.
Sus, sus, sus, qu’on la reveille
La bouteille,
Il n’est pas temps qu’on sommeille,
Et boire il faut.
Ton depart (mon amy) tres fort me blesse,
Veu que privée seray de ta presence,
Deuil me viendra à baissant ma liesse,
Quand sentiray de toy la dure absence :
Mais mon amy, et ma seule esperance,
Puis qu’ainsi est qu’il te faut departir,
Je te supplie me donner asseurance,
Qu’auras de moy tousjours bon souvenir.
Mourir me faut, C’est chose clere,
Si de m’amye n’ay secours,
Souffrir si tost la mort amere,
La chose me vient à rebours.
Je fineray de brief mes jours,
Car navré suis, et à grand tort,
Pour vous madame par amours,
Je prens en gré la dure mort.
Or ne refuse donc, Pour ton amy choisir,
Celuy qui s'est voué, De franc cueur non mobile,
Pour estre serviteur A la belle Mabille :
Luy gardant loyauté, Et la est son desir.
Mois amoureux, mois vestu de verdure,
Mois qui tant bien les cueurs fais esjouir,
Comment pourras, veu l’ennuy que j’endure,
Faire le mien de liesse jouir.
Ne prés, ne champs, ne Rossignol ouir,
N’y ont pouvoir, quoy donc je te diray,
Tant seulement, fay Anne resjouir,
Incontinent je me resjouiray.
M’amye, helas, n’as tu pas tort,
Me monstrer si mauvais visaige ?
Ne veux tu point avoir remord,
M’user de si rude langaige ?
Je croy que non : ô quel servaige !
Mieux m’eust valu, et pour le mieux,
N’avoir oncq veu ton cler visaige,
Ne la douceur de tes beaux yeux.
Qui voudra voir dedens une jeunesse,
La beauté jointe avec la chasteté,
L’humble douceur, la grave majesté,
Toute vertu, et toute gentillesse.
Qui voudra voir les yeux d’une déesse,
Et de nòs ans la seule nouveauté,
De ceste dame œillade la beauté,
Que le vulgaire appelle ma maistresse.
Il apprendra comme Amour rid, et mord,
Comme il guarit, comme il donne la mort :
Puis il dira, voyant chose si belle,
Heureux vrayment, heureux qui peut avoir
Heureusement cest heur que de la voir,
Et plus heureux qui meurt pour l’Amour d’elle.
Amy, si par trop je vous ayme,
On ne men doit pourtant blasmer,
Car ta beauté, ta grace extreme,
Font ainsi mon cueur enflammer.
Que ne me puis garder d’aymer
Ton œil, ta bouche tant vermeille,
Car il n’en est deça la mer,
Non pas au monde sa pareille
Venés, venés, mon beau, et doux amy,
Venés avec moy, Pour passer mon ennuy
Donnés moy votre main, Mon petit cueur,
Allons au champs voir Si la belle fleur
Nous donnera au jourd’huy lyesse,
Car maintenant mon cueur Est en grand pnsse :
Allons voir la pomme de grenade, Mon cueur fin
La je vous donneray La douceur de mon tetin.
Amour, et Foy, sont tant bien alliés,
Qu’oubliant l’un, l’autre vous oubliés,
Si l’Amour faut, Foy n’est plus cherie,
Si Foy perit, l’Amour s’en va perie :
Pource les ay en devise liés :
Amour, et Foy
Gentil Rossignol cazanier,
Tu surmonte le passager,
En milles gentilles façons :
Ceux qui ont admiray tes sons,
En porterons bon tesmoignage.
Chante tu pas ton chant ramage
Dedens ta prison emmoussée,
D’un beau drap verd entapissée ?
He que plaisante est ta chanson,
Au pris de celle du buisson,
Qui chante naturellement,
Trois ou quatre mois seulement,
Ayant la voix si tres mignonne,
Qu’au temps que sa gorge resonne
Par les bois, buissons, et forests,
Touche un amoureux de si pres,
Qu’au cueur luy engendre une envie
D’avoir entre ses bras s’amye,
Pour y faire quelque sejour,
Et y gouster les fruics d’Amour,
En y prenant tout à loisir,
Autant qu’on y peut de plaisir.
A vous aymer veux mettre mon entente,
N’ayant regard aux meschans plains d’envie,
N’ayés aussi de m’aymer moindre envie,
Ainsi rendrés ma volonté contente.
Amour loyal, en personne constante,
Ne fut jamais sans redoubter envie,
N’aymés donc pas autrement je vous prie :
Ainsi aurés une attente contente.
Si pour un autre as desir me laisser,
Asseure toy que me feras plaisir,
Car ton depart ne pourra qu’appaiser
Le mal, lequel me vient au cueur saisir.
Et pour certain on ne scauroit choisir
Un plus grand bien, que franche liberté :
O Leger cueur ! ô volage desir!
Tu monstres bien ta grand’ legereté.
Tu monstres bien ta grand’ legereté,
De me changer en si petit instant,
Pour un aymant, tel que l’as merité,
Qui comme moy ne t’aymera point tant.
Et t’en pourra possible faire autant,
Comme ton cueur m’a voulu pourchasser,
Lors envers toy l’acte sera meschant,
Si pour un autre as desir me laisser.
Ayant fuy, pour aymer fermement,
Nouvelle Amour, nouvelle occasion,
Tenir la loy j’ay voulu droictement,
Ayant les yeux trop pleins d’affection :
O le malheur de ma perfection,
J’ay bien aymé, mais quoy, la recompense
N’est seulement que dueil, et passion,
En lieu du bien, dont j’avois esperance.
Helas Amour lasche ton arc, et trousse,
Jettant ton feu, pour m'oster de langueur,
Sur celle la qui m'a baillé la trousse,
Pour son plaisir, et me tiens grand' rigueur.
Ton feu ardant a tant esprins mon cueur
Qu'esprouvé suis, comme l'or en fournaise,
O le grand mal quand Amour est vainqueur,
Et tient captif un amant en mal aise.
Las je n'eusse jamais pensé,
Dame qui causes ma langueur,
De voir ainsi recompensé
Mon service d'une rigueur:
Et qu'en lieu de me secourir,
Ta cruauté m'eust fait mourir.
Si fortuné j'eusse apperçeu,
Quand je te vy premierement,
Le mal que depuis j'ay reçeu
Pour aymer trop loyallement:
Mon cueur, qui franc avoit vescu,
N'eust pas esté si tost vaincu.
Ne vous forcés de me cherer,
Chere ne quiert point violence,
Seulement vous veux reverer,
Non obliger vostre excellence.
Si mon amour, & ma sçience,
En vostre endroit n'ont sçeut valloir,
C'est à moy d'avoir patience,
Et à vous de ne vous chailloir.
Amour estant au coing d'un boys caché,
Pour aux humains faire guerre mortelle,
Me voyant lors en passant tant fasché
Voulut en moy faire playe nouvelle:
Mais quand il vid qu'a mon secours j'appelle
Dieu tout puissant, le priant de bon cueur,
De me garder d'amour, & sa cautelle,
Me laissa lors eschappant sa fureur.
La Diane que je serts,
Ne court plus par ces deserts,
Et n'oy plus parmy les bois,
Le son de sa douce voix.
Plus ne voy le petit Dieu,
Qui la suyvoit en tout lieu,
Je ne voy plus l'arc tendu,
Que j'ay par trop attendu.
Las doit-on blasmer celle,
Qui veut à son amy,
Estre du tout fidelle,
Sans l'aymer qu'a demy.
C'est mon amy tant beau & gratieux,
Je l'aymeray maugré tous envieux:
Je luy seray fidelle,
Sans varier en rien,
Ma fantasie est telle,
Mon amy le sçait bien.
A double Amour faut double loyauté,
Ce que j'ay fait sans jamais l'oser dire,
Car l'un m'eust peu reprocher cruauté,
L'autre m'eust peu par honneur esconduire.
Mais qui sçauroit la peine & le martyre
Qu'Amour m'a fait, en le tenant couvert,
Bien jugeroit que l'amour est trop pire,
Estant celé, que quand il est ouvert.
Qui doit chanter, qui doit estre contente
Si ce n'est moy, qui voy du fort Aenée
Les successeurs respondre à mon attente,
Et par les laqs du beau jeune Hymenée,
Joindre à la France heureuse et fortunée,
De Calledon l'ancienne couronne,
Dont la grandeur n'est close ou terminée
Que par le rond qui le monde environne.
Est-il douleur cruelle,
Qui soit semblable à celle
Qu'honneste Amour maintenant me presente?
Faut-il que l'amour sage,
Ait si peu d'avantage,
Que l'oeil du cueur se separe & absente.
O trop de cognoissance,
Ou trop de souvenance
De chose trop estimée & cognuë!
O Loy dure & inique,
D'amour chaste & pudique,
Avecques trop de respects maintenuë.
[I.] Hardis François, et furieux Normans,
Picards, Bretons, Gascons, et Rochelois,
C'est à ce coup, sans plus estre dormans,
Que de Calais faut chasser les Anglois.
Tabours, Clerons, bruyés faittes effrois,
Tonnés canons, renversés les rempars,
Marchons soldars [sic] les remparts font espars,
Entrons dens l'eau, et passons les fossés,
Rends toy Calais, cache tes estandars.
A mort quenaille, à mort à mort passés.
[II.] France par Terre et par la Mer aussi
Dedans, dedans, victoire avons françoise.
[III. Trio] Las je me rends, et plus ne suis Angloise,
Nobles François ayés de moy mercy,
Sans nul bon droit l’Anglois me print icy
Me captivant en orgueilleux lien.
[IV.] Bien venu sois, car à toy j’appartiens,
Roy des François justement m’a conquise,
Fuy donc de moy Anglois, et ta fierté,
Car c’est en vain qu’on garde la Cité,
Si le grand Roy n’en a la garde prise.
Et en suyvant nostre coustume,
Chantons d'accord nostre Roy boit,
Nostre Roy boit, c'est par coustume,
Nostre bon Roy bien souvent boit,
J'ay veu le Cerf du bois saillir,
Et boire la fonteine.
[ajout:] Je boy à ty mon bel amy,
Et à ta souveraine,
Si tu ne fais ainsi que my,
Tu bevras pinte pleine.
Le Cerf du bois cy n'est pas pris:
Mais on y prend grand' peine.
Quelque rigueur qu'on puisse reçevoir
Au pres du cueur, qui les autres martyre,
J'ayme trop mieux ce seul malheur avoir,
Qu'estant absent en reçevoir un pire.
Voire trop mieux endurer je desire,
A voir de pres, ce qui me peut guerir,
Que mourir loing sans que je puisse dire
Helàs, je voy ce qui me fait mourir.
Si je vivois deux cens mille ans,
Aymé, loué de toutes gens,
Je ne voudrois pour passetemps,
Que chanter,
Deviser de Dieu, que devons priser.
O sainte chose!
De tels soulas,
Ne serois las.
En attendant quelque peu de secours,
Devant tes yeux je lamente & souspire,
Tu peus bien voir ma langueur tous les jours,
Et toutes-fois tu ne t'en fais qui rire.
S'il te plaisoit pour remede m'escrire,
Ou me mander ton plaisir, & vouloir,
Je cesserois à me plaindre & douloir,
Vivant d'espoir, qui vrais amant supporte:
Mais si ton cueur me met à non-chaloir,
Je m'en iray mourir devant ta porte.
Pleurés mes yeux la perte de mon bien,
Dont je me voit à tort des-heriter,
Il est à moy sans s'oser dire mien,
Plus je requiers, moins je vois meriter.
Helàs, mes yeux vous voyés heriter
Celuy, qui n'a fait devoir d'acquerir,
Et qui ne peut en rien vous secourir:
Mais esperés en ceste longue attente,
Un seul revoir, qui peut mon mal guerir,
Vous bien heureux, & moy triste contente.
Mort, et Amour ont semblables effets,
Ou semble avoir beaucoup de repugnance,
Car en Amour je dis que l'esperance
Plaist, et vaut mieux que ne sont tous les faits.
Je m'en raporte aux amoureux parfaits:
Mais si de mort à parler l'on s'avance,
Je dis pour vray, que plus fait de nuisance.
La peur de mort, que mort par ses effets.
Je sents en moy une flamme nouvelle,
Qui me penetre au plus profond des os,
Qui comme Ethna, nuict, et jour estincelle,
Jurer je puis qu'onque n'en eux de telle,
Et si m'en plaindre il n'y auroit propos.
En mon travail je cherche mon repos,
Comme Salmandre en ce feu ayant aise:
Mais si tu veux que mon torment s'appaise,
Prenant pitié de me voir en martyre,
Seule le peus, mon heur et mon malaise
Sont en tes mains, et n'y veux contredire.
Laissés cela petit friant,
Vous m'y tourmentés tousjours tant
Je crieray si haut qu'on viendra,
Et puis ma mere descendra.
Laissés cela petit friant,
En avoir tant, et d'un seul estre prise,
Qui par sa grace est en autre lieu pris,
Voyés un peu quelle est mon entreprise,
Dont j'ay la peine, et un autre a le pris.
Mocqués vous-en ja n'en ferés repris,
Vous qui sçavés combien amour se prise
Apprenés mieux que n'ay moy mesme appris,
Car je me voy sans rien prendre surprise.
Voyés tristes amans l'estrange nouveauté
De deux, qu'un mal retient et rend si bien appris,
Que mieux ayment sur eux user de cruauté,
Que faire office à l'un, dont l'autre soit repris.
Estaindre on peut le feu duquel ils sont espris,
Et se peut l'esguillon ( qui tant les poind et mord)
Rendre paisible et doux: mais l'honneur qui remord,
Et les veut delivrer d'une mortelle envie
Les r'apelle soubdain,et retire de mort,
Pour les faire jouir de plus heureuse vie.
Helàs amour qu'à meffait ton servant,
Que tu repais de rigueur tant expresse!
Veux-tu tenir son esprit languissant
A tout jamais? fort bany de liesse.
Debande l'arc qui soustient ta jeunesse,
Pour enferir un cueur non amoureux,
Qui cognoissant ton urgente rudesse,
Rendra le mien content, ou malheureux.
S'il est ainsi que le faux rapporteur
Doive estre creu, sans ouir la partie,
Contre raison florira le menteur,
Et l'on verra verité amortie.
Avoir tousjours en ma bourse un escu,
Et estre exempt de toute maladie,
Que m'amye ne me feist point coqu,
Et que nully ne print sur moy envye:
Sans envieillir je finasse ma vie,
Et que la mort ne feist son payement
Dessus mon corps, jusques au jugement,
Et quand le jour du jugement viendroit,
Qu'en paradis fusse porté tout droit.
Ce meschant corps demande guerison
(Mon frere cher) & l'esprit au contraire
Le veut laisser, comme une orde prison:
L'un tent au monde & l'autre à s'en distraire,
C'est grand pitié que de les ouir braire.
Hà (dit le corps) faut-il mourir ainsi,
Ha (dit le corps) mieux que toy je souhaitte,
Ha (dit l'esprit) tu fauts, & moy aussi,
Du Seigneur Dieu la volonté soit faitte.
Jeunes esprits, qui par plaisir cerchés
Le Dieu d'amours, pour conducteur et guide,
Pour vous garder d'estre de luy faschés,
Serrés luy bien estroittement la bride:
Car tel tenir entre ses mains il cuide,
Pour le ranger en sa subjection,
Duquel l'esprit la force et bourse il vuide
A son malheur, et grand' confusion.
O que je vis en un cruel martyre,
Pour avoir mis en un lieu seulement
Mon povre cueur,qui nuict et jour souspire,
N'ayant espoir d'avoir allegement.
Il est certain que mon contentement
Gist de madame en la seule puissance:
Je pry',donc, Dieu qu'il m'oste briefvement
De ce grief mal,ou qu'aye jouissance.
Trois maris disputaient ensemble,
Quelle femme on trouve meilleure,
L'un jure son Dieu, qu'il luy semble,
Qu'on la prend jeune à la bonne heure,
La moyenne d'aage est plus meure
(Dist l'autre) et ayme beaucoup mieux
Esprit de vieille est curieux
(Dist le tiers) d'acquerir du bien:
Mais je le tien avecques les vieux,
Que la meilleure n'en vaut rien.
Je le sçay bien que la mort fait cognoistre,
Et ressentir du grand seigneur la grace,
La mort nous fait de rechef vivre et naistre,
Malgré peché, qui tant de maux nous brasse:
Mais non pourtant pourray-je me démettre
Du grief travail, qui mon cueur outrepasse,
Je le sçay bien quelque conseil,quelque bien qu'on me face,
Je ne sçaurois en confort me remettre,
Dont prieray Dieu, que ce grand dueil efface,
De reconfort le seul autheur, et maistre.
Je le sçay bien.
Un bien traicté dira tant qu'il voudra,
Que l'amour est tres doux, et savoureux,
Mon cueur outré ce poinct, point n'entendra.
L'ayant senty amer et rigoureux.
Tant que depuis, le jour si mal heureux,
Qu'il eust à soy ma franchise asservie,
Je n'eus jamais que de mourir envie.
O le doux jour, et de trop heureux sort!
S'il eust esté le dernier de ma vie,
Comme ce fust le premier de ma mort.
Est-ce raison, que pour icelle dame,
Que j'ayme plus que toute creature,
Je suis contraint de garder en mon ame
Melancolie, douleur, tristesse,et cure.
O doux amour! des amoureux pasture
De Cupido, reprime la rigueur,
En temperant de son dard la morsure,
Qui nuict et jour me tient en grand'langueur.
Dy moy Venus, pourquoy as-tu permis,
Que celle la tant j'ayme et pourchasse?
Que celle la en qui j'ay mon cueur mis,
Cruellement me tienne telle audace?
Fay Venus, fay qu'un beau teinct s'efface,
Puis qu'alleger ne veux ma maladie,
Courrouce toy rends la moy en laidie,
Tant qu'à aucun ne plaise à l'advenir:
Helàs! Venus n'en fay rien je te prie!
Elle pourra plus douce devenir.
Argent prend villes, et chasteaux,
Sans coup ferir, quand il foisonne,
Argent fait courir grands bateaux,
Tant que la mer cerne et vironne,
D'une mauvaise cause bonne,
Argent corrompt loix et edits,
Reste sans plus qu'argent me donne
Santé, jeunesse, et paradis.
D'un bon amour, et bon cueur sans diffame,
Je vous offre ce petit don (madame)
Jeunesse veut, et me contraint d'escrire
Ce, que present je vous voudrois bien dire:
Amour en moy d'une vigueur m'oppresse
Aymer celuy, dont vous estes maistresse,
Folle jeunesse en amour si ardante,
Encontre moy a esmeu ce combat:
Vaincre ne puis, me convient que lamente,
Si de par vous n'est cessé le debat.
Pour obeir au plaisir de mes yeux
J'ay mis mon cueur en penser ennuyeux,
Cuidant servir, et faire une maistresse,
Mais je ne sçay qui m'a joué finesse:
Parquoy je prends un congé gratieux.
O que d’ennuys à mes yeux se presente,
En ce printemps, et saison aggreable,
Ne voyant point celuy qui me contente.
L'angleuse noix à cerner difficile,
A de bonté beaucoup plus que la tendre,
Et au rebours, poire à peler facile
A meilleur goust, mais souvent pour attendre.
Le doux refus, fait m'espartir, et fendre,
Un cueur en deux, et le meine si doux,
Qu'à la parfin semble estre ou il veut tendre,
Mais plus est poind que de fueille de houx.
L’ennuy, le dueil, la peine_et le martyre,
Que je reçoy si fort mon cueur empire,
Que si bien tost je ne te voy (m’amye)
En peu de jours je finiray ma vie.
Si onques j’ay souhaitté,
Sauveté,
De l’iniure paternelle,
Ores je reclame_ô mort !
Ton effort,
Et ta paincture cruelle.
Puis qu’à mon malheur recent,
L’air consent,
Et la terre me desdaigne,
Et ravir je sents (helàs)
Mon soulas,
Sur ceste humide campaigne.
Fy du plaisir, qui mille_ennuys attire,
Meurtrier du corps et de l’ame bourreau:
Fy du plaisir, qui les hommes martyre,
Fiel de meure au Pandorin vaisseau.
J’ay du plaisir bien plus sainct et nouveau,
Bien qu’un ennuy au vicieux il semble,
Mais quant ennuy seroit se plaisir beau,
J’ay d’un ennuy mille plaisirs ensemble,
O Dieu d’amour, j’ay senty ta puissance,
Estant frappé de ton dard amoureux,
Au paravant je n’avois congnoissance,
De tes effectz heureux et malheureux.
Heureux je dy, quand le bien savou reux
N’est refusé de la partie aymée,
Et au rebours, c’est chose infortunée,
Aymer du tout et n’estre point aymé:
Garde moy donc de ceste destinée,
Dieu de plaisir si souvent reclamé.
Puis que je me voy pres
Du lieu ou me desire,
Dehors souspirs aigres,
Je ne veux plus que rire,
Mais que vauldroit escrire
Ceste nouvelle la,
Avant qu’on la peut lire,
Ma dame me verra.
A double_amour, fault double loyauté,
Ce que j’ay faict sans jamais l’oser dire,
Car l’un m’eust peu reprocher cruauté,
L’autre m’eust peu par honneur esconduire.
Mais qui sçauroit la peine_et le martyre
Qu’amour m’a fait, en le tennant couvert:
Bien jugeroit que l’amour est trop pire,
Estant celé, que quand il est ouvert.
Qu’as tu Catin, t’a il tatté ta tette,
Ce cordelier, ce meschant meschant moine gris,
Que t’a il fait, veux tu qu’a mort le mette?
Ou si tu veux qu’à rançon il soit pris?
Il t’a fait tort, vrayment c’est trop mespris:
O la paillard qui gaste ainsi son ame?
L’eussiez vous creu, qu’en dittes vous madame, madame?
Pendez, tuez, car s’il vit plus icy,
Il n’y aura pucelle fille oufemme,
Le laissant faire à qui n’en face ainsi,
Il n’y aura pucelle fille ou femme,
De vous gaudir avez bonne coustume,
Sans que premier vous soyyez provoqué,
Mais si sur vous ma colere j’allume,
Vous sentirez que vault d’estre mocqué.
Las, voulez vous qu’une personne chante,
A qui le cueur ne fait que souspirer,
Laissez chanter celuy qui se contente,
Et me laissez mon seul mal endurer.
Frere Blaise avec sa bezace,
Revenant des bois fagotter :
L’hyver passé trouve une garse
Haulte plaisante et grosse et grasse,
Luy dit par forme d’ergotter :
Or pleust à Dieu (sans bigoter)
Qu’eusse pour mes fagots d’espines,
Un tel fagot apres matines.
En espoir vis, et crainte me tourmente,
Un jour je ris, et l’autre je lamente,
Vostre doux œil, vostre doux œil me fait bien esperer,
Mais mon grief mal me contraint souspirer.
Puisque je doy vivre_en malheur
(Sans avoir nulallegement)
J’estimeray m’estre grand heur,
De ne m’en plaindre aucunement.
En portant mon mal doucement,
J’espere un jour de trouver mieux:
Il est heureux certainement,
Qui souffre et saint estre joyuex.
Devenu suis amoureux,
Depuis trois moys,
Qui me rend plus soucieux,
Que ne soulois:
C’est par toy chere compaigne Magdelon,
Que c’est ennuy m’accompaigne, ce diton.
A ta beauté j’ay consacré mon cueur,
Nay pour servir une chose si grande,
Ta cruauté m’a reduit en langueur,
Helas n’ayant receu la mienne offrande.
O doux archer prens vengeance cruelle!
Ne voytu pas ta loy par elle enfrainte?
Il n’est raison qu’une Dame si belle,
Soit en son cueur de cruauté attainte,
Helàs comment pourra mon cueur
Souffrir si longue et dure absence!
De celle dont suis serviteur,
Ouy des le jour de ma naissance.
Je puis bien dire a dieu plaisance,
Puis qu’il me convient eslongner
Celle, dont la seule presence
Me peult joye et confort donner.
O que sera le jour heureux !
O qu’estimée sera l’heure!
Lors que verray sur moy tes yeux,
Faire quelque bonne demeure.
Car pour cela belle t’asseure,
Que si le fais de grace bonne,
Et que ton cueur à moy demeure,
A tout jamais le mien te donne.
Je suis amour,
Le grandmaistre des dieux,
Je suis celuy, qui gouverne les cieux,
Je suis celuy, qui gouverne le monde,
Qui le premier de la masse desclos,
Donna lumiere_et fendit le Cahos,
Dont fust basti ceste machine ronde.
C’est bien disner quant on eschappe,
Sans desbourcer pasun denier,
Puis torcher son nez à la nappe,
Et dire adieu au tavernier.
Je veux aymer, quoy qu’on en vueille dire,
Un fascheux m’a donné tant de martyre,
Pour craindre plus de luy vouloir desplaire.
Je veux aymer,
Et mon esprit en amour satisfaire.
En grand langueur se finera ma vie,
Si vostre_amour ne me donne allegeance,
Mais de douleur vostre face jolye,
Par quelque espoir me promet delivrance.
Si j’ay refus j’en requerray vengeance,
Au dieu d’amour, qui a toute puissance.
Missing Phrase
Notes
1. avoir toutavoirtout
2. honnestementhonestement
3. ,
4. desirdesir,
5. .
6. cielciel,
7. ,
8. diroitdiroit,
9. .
10. auan
11. poinctpoict
12. ,
13. marchander.marchander
14. doy jedoyje
15. prendreprendre,
16. DictesDictez
17. desplait.desplaist.
18. s'ilsisil
19. Ll
20. valoirvaloir,
21. ,
22. martyre.martyre
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